S’élève la Grande Muraille de Fer

03 03 2022
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Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
 
Le fer résonne à nouveau en Europe mais celui des armées laissera bientôt la place à celui du rideau qui se ferme à nouveau dans un fracas de ferraille.
 
La hideuse séparation enfoncée à Berlin au siècle dernier se reforme à Kiev, plus lointaine mais terrible également. Cette fois, le rideau a les dimensions d’une Grande Muraille de Fer.
 
Permettez-moi d’emprunter une maxime à Bruno Bertez pour commencer ce papier : Nous allons regarder les événements d’aujourd’hui avec les yeux de demain et l’expérience d’hier ajouterais-je.
 
N’est-ce pas ambitieux. Et pourtant j’ai l’orgueil de penser qui nous y parviendrons dans ces lignes. Vous me direz et si c’est le cas, partagez cette lettre à vos réseaux, transférez-la à votre carnet d’adresses, republiez-la je vous en conjure derrière les principes, Bruxelles se suicide et nous entraîne dans sa chute.
 
La guerre d’Ukraine cristallise nombre de conflits internes à la région, propres à l’équilibre européen, liés au mauvais jeu des Biden — père et fils — de la CIA et de Blackwater, attisés par les névroses russes, les humiliations américaines, le retour gagnant de Poutine sur la scène internationale…
 
Tous ces conflits secondaires s’effacent sur le temps long devant la grande matrice géopolitique de notre temps : La confrontation entre les États-Unis et la Chine pour la suprématie.
 
L’Ukraine ne fait pas exception.
 
La Grande Muraille de fer
 
Miroir du rideau de fer de la guerre froide abattu brutalement à la fin de la guerre, une grande muraille s’élève lentement, elle, non pour éviter la guerre chaude mais pour la préparer, aujourd’hui à l’initiative américaine, désormais puissance déclinante face au communisme chinois plutôt que soviétique.
 
Un miroir vous dis-je, et un miroir grossissant, mondialisation oblige : Si le rideau de fer séparait l’Europe, la Grande Muraille, découpe l’Eurasie tout entière du Golfe de Finlande au Golfe persique.
 
Lentement et sûrement s’élève la Grande Muraille de Fer.
 

Le retour à la terre

 
La fermeture des routes terrestres entre l’Europe et la Chine passe inaperçue parce que… Eh bien rien ne passe par la terre, l’enjeu est maritime, eh patate !
 
Certes et nous sommes dans un processus de long terme. Je ne doute guère que Gibraltar, Suez et Malacca seront également disputés à l’avenir, forçant le commerce à contourner l’Australie en passant par les 40e rugissants, route interdite à bon nombre de navires, en particulier les plus gros. 
 
principales routes maritimes
 
Cette fracture passe également inaperçue car personne ne comprend vraiment les enjeux terrestres de ces Nouvelles Routes de la Soie ou Belt and Road Initiative développées par la Chine de longue date mais officiellement depuis 2013 seulement.
 
Étudiant, il y a bientôt 20 ans, mon professeur d’histoire économique nous avait laissés ahuris devant des projets de TGV entre la Chine et l’Europe… Qui nous paraissaient alors insensés. C’est un mouvement qui vient de loin.
 
Si le TGV n’est pas encore là, le fret ferroviaire met désormais 2 semaines pour relier la Chine à l’Europe, compromis précieux entre l’aérien hors de prix et le fastidieux maritime. Il pourrait se révéler un axe majeur à l’avenir avec la montée des prix du fioul et l’amplification des désordres et fragilités du fret maritime révélés depuis 2 ans.
Aujourd’hui, 3 corridors économiques terrestres relient la Chine à l’Europe :
  • Le corridor Nord dont l’enjeu principal est la liaison ferroviaire entre la Chine et la Mongolie en enjambant le fleuve Amour avant de rejoindre le tracé du transsibérien jusqu’à Moscou et Saint-Petersbourg ;

  • Le grand pont eurasiatique, corridor économique principal qui rejoint la Pologne et l’Allemagne après avoir traversé le Kazakhstan, la Russie et l’Ukraine (tiens donc) et ;

  • Le corridor sud, sinueux et fragile qui serpente autour de la Route de la Soie historique pour contourner les zones de conflit et arriver tant bien que mal au Bosphore.
Corridors économiques Chine-Europe
 
À la différence des routes maritimes qui relient un point à un autre séparés par une immensité d’eau, ces corridors sont essentiels à la diffusion de l’influence chinoise en Eurasie.
 
Ce sont des projets d’infrastructures ferroviaires majeurs qui s’accompagnent de financements massifs et donc de lien monétaires puissants, d’un cadre commercial et juridique défini par les Chinois, de la création de nombreuses entreprises et l’emploi d’une main-d’œuvre importante là encore contrôlée par les Chinois accompagnés de leur soft power culturel à ommencer par l’implantation des Instituts Confucius tout le long de ces routes pour enseigner le chinois. 
 
La banque britannique Standard Chartered ne s’y est pas trompée en présentant ces routes comme les corridors de pouvoir au sein d’un plan stratégique en 2019.
 
Citation Standard Chartered
 
Ces routes terrestres sont autrement plus stratégiques que les ceintures maritimes.
 
Et cela contrarie la puissance américaine.
 
Lentement et sûrement s’élève la Grande Muraille de Fer.
 

Derrière l’Ukraine, les corridors chinois en danger 

 
Avec la Guerre d’Ukraine, il ne reste plus que l’Azerbaïdjan qui ne soit pas fermé aux échanges pour relier la Chine à l’Europe par voie terrestre.
 
Sur les 3 500 km qui vont du golfe de Finlande au golfe persique, cela représente une maigre bande de 150 km encore toute chaude de la guerre du Haut-Karabagh en 2020 et encore faut-il d’abord enjamber la mer Caspienne.
 
Sur les 3 corridors économiques terrestres que développe la Chine vers l’Europe depuis 2013 dans le cadre de ses nouvelles routes de la soie, les deux passages du Nord sont désormais fermés ; Et celui du Sud est plus fragile que jamais :
 
 Les corridors en danger
 
Le corridor Sud ou « China-Central-Asia-West-Asia Economic Corridor » encore ouvert traverse le Kazakhstan qui a dû affronter une tentative de coup d’État en janvier, l’Azerbaïdjan et son Haut-Karabagh mais aussi la Turquie en proie à une grave crise économique. Et si l’envie prenait à Pékin de faire un crochet vers le Sud pour s’approvisionner en pétrole, la péninsule arabe est fermée par l’Irak et la Syrie.
 
Lentement et sûrement s’élève la Grande Muraille de Fer.
 
Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui sera le plus fort ?
 

Renversez l’analyse sur la guerre d’Ukraine

 
Miroir, miroir, passons de l’autre côté du miroir médiatique avec cette clé d’analyse qui renverse la table de plateau TV.
 
Au regard de la grande confrontation sino-américaine, observons alors que les sanctions contre la Russie ne sont peut-être pas le résultat de cette guerre ; les sanctions seraient-elles donc le préalable et la guerre le moyen ?
 
Ce renversement est essentiel pour comprendre pourquoi la guerre N’a PAS été évitée.
 

La neutralité ou la guerre : La Finlandisation ratée de l’Ukraine

 
Oh, il était aisé d’éviter cette guerre. La réponse à la crise tenait en un méchant barbarisme : Finlandisation.
 
La Finlande à moins de 150 km de Saint-Petersbourg s’est battue contre les Soviétiques et contre les Nazis lors de la Seconde Guerre. Elle a réussi à conserver son indépendance après-guerre grâce à une neutralité militaire farouche, devenant une sorte de zone démilitarisée qui lui a même permis de rejoindre l’Union Européenne en 1995.
 
Poutine aurait accepté une finlandisation de l’Ukraine. Il sait bien le prix qu’y ont payé les Soviétiques en 1941.
 
La Seconde Guerre mondiale a emporté 7 millions d’Ukrainiens, plus encore en proportion que la Pologne ou la Lituanie mais moins que la Biélorrussie. Dans le chaudron de Kiev, 650 000 soldats soviétiques ont été fait prisonniers par Guderian, ouvrant le verrou du Sud vers le poumon économique et agricole soviétique, enfonçant le front et désorganisant l’armée en profondeur.
 
Tous ces pays ont partagé le sort terrible de l’étau de Barbarossa entre Soviétiques et Nazis qui valut tous les malheurs du monde à cette bande de fracture entre la riche péninsule européenne et les immensités inhospitalières de l’Asie (la projection à plat déforme l’espace mais observez l’Eurasie sur une mappemonde et vous vous rendrez mieux compte de l’immensité asiatique face à la petite péninsule européenne). 
 
Fracture de la péninsule européenne
 
En mille ans d’histoire, l’Ukraine, forgée dans le sang au Xe siècle par les Varègues de Finlande et de Suède a été indépendante moins de 200 ans. Elle fut la proie des Polonais au Nord, des Byzantins au Sud puis de l’Empire Ottoman, des Mongoles puis des Russes à l’Est et dans une moindre mesure des Allemands à l’Ouest en 1941.
 
L’Ukraine est à la pointe de la grande steppe occidentale d’Asie mais à la différence de la Pologne, elle est fermée à l’Europe Occidentale par les Carpates et l’immense delta du Danube. De même que l’Empire romain n’a jamais dépassé le delta du Danube, celui de Gengis Khan s’y est arrêté également après quelques incursions le long du fleuve bleu.
 
Géographie de l'Ukraine
 
On ne fourrage pas en Ukraine comme dans un champ de betteraves. L’Ukraine fait partie de ces marches géographiques condamnées à la neutralité ou au calvaire. Même l’Hetmanat des terribles Cosaques Zaporogues (relisez donc le poème d’Apollinaire), qui réussirent à arracher leur indépendance au Polonais, Ottoman et Russes, n’a pas tenu un siècle.
 
Les grands stratèges américains comme Brzezinski ou Kissinger le savaient. Leurs successeurs l’ont trop vite oublié.
 

La grande sécession de Bruxelles : La France humiliée et l’Allemagne réarmée

 
Il semble qu’Emmanuel Macron ait défendu cette ligne — raisonnable et acceptable — d’une finlandisation de l’Ukraine auprès de Vladimir Poutine mais force est de constater que la souveraineté élargie de l’Europe chère à notre bon président se fracasse contre la réalité de la vassalisation européenne par les États-Unis.
 
Pendant ce temps, Ursula von der Leyen poursuit l’objectif inverse en envoyant des armes à Kiev, poussant en urgence l’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne AVANT d’avoir réglé le problème militaire et ouvrant indirectement la porte de l’OTAN en même temps que celle de l’UE.
 
La souveraineté, mon cher lecteur, est première. On ne peut rien si l’on n’est pas d’abord souverain. Emmanuel Macron aurait pu être un grand président… S’il n’avait été Macron, pétri de ses contradictions et fantasmes irrésolus de puissance.
 
En parallèle l’Allemagne en profite pour réarmer massivement avec un plan de 100 milliards d’euros risquant de rouvrir une autre ligne de fracture européenne le long du Rhin et de la Lotharingie historique héritée du partage de l’Empire Carolingien.
 
Ursula von der Leyen devrait pourtant connaître ces étranges poupées russes géopolitiques qui condamnent l’Europe au même destin que l’Ukraine, interdite de tomber dans les bras de l’Amérique autant que de la Russie et derrière la Chine.
 
Le jeu de Bruxelles ouvertement atlantiste, contre les intérêts évidents de la France et de l’Allemagne et contre la solution raisonnable de finlandisation est d’une brutalité sans précédent, de nature à détruire l’Union Européenne tant nous paierons cher la soumission d’Ursula von der Leyen aux intérêts américains.
 
Le fiasco ukrainien est avant tout un fiasco européen, incapable de naviguer entre les appétits de ses ogres de voisins.
 
Il ne fallait pas plus nous donner aux États-Unis qu’aux Russes. Les vieilles diplomaties nationales savent bien ce que Bruxelles ignore tragiquement.
 
Il nous faudra suivre cette faille qui vient de s’ouvrir béante entre Bruxelles d’un côté et Paris et Berlin de l’autre qui ont des objectifs opposés dans cette crise.
 

Première faute américaine : La névrose Eurasiatique

 
Ainsi que l’avait théorisé Zbigniew Brzezinski, la constitution d’une Eurasie unifiée est la seule menace structurelle à la superpuissance américaine.
 
« Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique » écrit-il dans Le Grand Échiquier et d’autant plus que « Sans l’Europe, l’Amérique est encore prépondérante mais pas omnipotente ».
 
Une Europe indépendante, partenaire de l’Amérique mais également modératrice servait l’ambition américaine.
 
Mais l’Europe vassale telle qu’elle apparaît violemment aujourd’hui précipite les États-Unis dans leur névrose car ni la Russie, ni la Chine ne peuvent accepter cette vassalisation.
 
Et le miroir est également vrai : La Chine doit étendre son influence jusqu’à la péninsule européenne pour ravir la suprématie à l’Amérique. L’Europe affaiblie devient tout autant une proie pour la Chine. C’est la première faute américaine.
 

Seconde faute : Les ressources ou les hommes, la terre ou la mer ?

 
L’analyse eurasiatique de Brzezinski se place dans la continuité des grandes théories géopolitiques concurrentes du Rimland et du Heartland.
 
Le géographe britannique Halford Mackinder est le père de la géopolitique. Il établit la théorie du Heartland en 1904 selon laquelle, à long terme :
  • Le contrôle du monde dépent de celui de l’Eurasie (l’ïle mondiale),

  • Le contrôle de l’Eurasie dépent du contrôle des immenses richesses du Heartland recoupant à peu près le territoire russe et ;

  • Le Heartland lui-même dépent du contrôle de l’Europe orientale… Vraiment la guerre d’Ukraine n’a rien d’anodin.
Le journaliste Nicholas Spykman corrige la théorie de McKinder dans les années 1940 après l’entrée en guerre des États-Unis. Selon lui, Mackinder a surestimé le poids des ressources sur celui des hommes. Qui contrôle les hommes, contrôle les ressources. Or les populations se concentrent sur la grande bande côtière eurasiatique qu’il appelle Rimland courant d’Oslo à Vladivostok et englobant l’Europe, la péninsule arabe, le Moyen-Orient, l’Inde et l’Asie du Sud-Est. Selon Spykman, c’est ce Rimland qu’il faut contrôler pour contrôler le Heartland et donc l’Eurasie et donc le monde.
 
Faut-il contrôler les hommes du Rimland pour contrôler les ressources du Heartland ou les ressources du Heartland pour contrôler les hommes du Rimland et ainsi contrôler l’Eurasie et le monde ?
 
Rimland et Heartland
 
Après tout, nous discutions déjà cette question centrale des hommes ou des ressources au XVIIIe siècle en Europe entre mercantilistes et physiocrates.
 
L’Ukraine se retrouve à nouveau à la frontière entre Heartland et Rimland, à nouveau en position stratégique et tragique.
 
Les Américains ont clairement tranché en faveur du Rimland au XXe siècle et la question des hommes ou des ressources, du Rimland ou du Heartland est à nouveau brûlante aujourd’hui pour les Américains pour préparer leur confrontation avec la Chine.
 
Ils ont à nouveau opté pour le Rimland et préféré pousser la Russie et ses immenses ressources naturelles dans les bras de la Chine pour mieux la couper de l’Europe.
 
Si les États-Unis ont réussi à étouffer l’URSS en se portant sur le Rimland au XXe siècle et donné raison à Spykman, il se pourrait qu’ils se trompent de siècle en 2022 et que nous retrouvions la prépondérance des voies terrestres sur les voies maritimes et des ressources sur les hommes face à la fin de l’abondance énergétique.
 
Oh, nous parlons de développements à l’échelle d’un demi-siècle et la guerre d’Ukraine n’est qu’un révélateur de mouvements plus profonds.
 

Une nouvelle tragédie européenne

 
Aussi le théâtre essentiel du conflit entre Chine et Amérique pourrait bien retourner une fois encore en Europe et non dans le Pacifique.
 
Pauvres de nous. Que n’avons-nous évité cette guerre d’Ukraine !
 
Le déclenchement même de cette guerre évitable est le signe d’un agenda plus lointain, plus structurel que les calculs fatigués d’un Poutine présenté en autocrate vieillissant.
 
Si cette guerre advient si aisément, à la stupeur de tous, c’est qu’elle est gagnant-gagnant pour les Américains et les Russes qui poursuivent des objectifs différents.
 
Lentement et sûrement s’élève la Grande Muraille de Fer.
 

Une guerre si aisée : Les objectifs asymétriques gagnant-gagnant de la Russie et de l’Amérique

 
Alors que les objectifs russes sont militaires et régionaux, ceux des Américains sont économiques et mondiaux et les adversaires obtiendront chacun satisfaction car Poutine sait bien que la sécurité de son territoire passe avant la santé de son économie.
 
Il n’y a là rien de bien sorcier : C’est la propagande qui inonde les ondes. La Russie aurait commis une faute historique dont elle ne se relèverait pas.
 
C’est prendre Poutine pour un imbécile et justifier d’avance l’objectif réel des États-Unis.
 
Aussi dures soient ces sanctions économiques, Poutine se devait de mettre la Russie à l’abri des appétits militaires de l’OTAN et des États-Unis et ce n’est pas être pro Russe que de noter l’évidence : L’Ukraine est à la pointe de la grande steppe occidentale d’Asie. Une fois à Kiev, on est déjà à Moscou, géographiquement et historiquement ; Et le bataille de Moscou fit plus d’un million de morts à l’hiver 41.
 
Cette opération était gagnante à tous les coups pour les États-Unis :
  • Soit ils enfonçaient la porte de l’Asie qu’est l’Ukraine,

  • Soit ils fermaient la Russie à l’Europe ainsi que les voies du Nord des routes de la soie.
 
En laissant la situation pourrir, comme elle a déjà pourri dans le Donbass, les États-Unis assurent des sanctions à long terme et la coupure du grand pont eurasiatique avec la Chine mais permettent à la Russie de retrouver en partie son aire d’influence grâce à l’appui chinois.
 
N’oubliez pas que Poutine était à Pékin début février, il n’a pas lancé son offensive sans s’assurer d’abord de la position chinoise.
 

Le sacrifice de l’Ukraine marque le suicide de Bruxelles

 
L’issue du conflit s’impose alors d’elle-même : L’Ukraine sera sacrifiée.
 
Les promesses et les armes de von der Leyen rendent le sacrifice complet d’avance et assurent la cristallisation du conflit dans le temps long et les sanctions qui vont avec.
 
Si Bruxelles voulait vraiment faire entrer une Ukraine pacifiée dans l’UE, elle ne commencerait pas par y envoyer près d’un demi-milliard de matériel militaire qu’il est toujours plus aisé de distribuer que de reprendre et je regrette que personne ne relève cette incohérence criminelle.
 
Cela ne veut pas dire que la guerre sera longue mais qu’elle sera mal terminée et les plaies mal refermées pour être mieux rouvertes à la première occasion.
 
L’Europe de Bruxelles se suicide par la même occasion en oubliant la suprême injonction de la 3e voie. Le suicide est triple par la vassalisation complète aux États-Unis, la rupture avec la France et l’Allemagne et l’aliénation de la Russie et de son sponsor chinois.
 

Tout cela est-il moral ou seulement légal ?

 
Avant de conclure cette analyse difficile, nous devons lever la contradiction légaliste et morale à laquelle se heurte traditionnellement l’analyse géopolitique.
 
La géographie, l’histoire et les grands équilibres géopolitiques peuvent bien donner raison à Poutine et révéler le jeu trouble des États-Unis : C’est Poutine l’agresseur. 
 
Sa guerre est illégale et immorale, donc Poutine c’est mal nous disent les plateaux télé les moins débilitants et Macron dans son allocution, même Védrine y verse.
 
Encore un miroir à la Grande Muraille qui s’élève et à l’inversion des causes (les sanctions) et des moyens (la guerre) : Cette manière de dresser des murs de moralité à l’intelligence est d’une médiocrité abyssale et inverse la relation de causalité :
 
Vous connaissez ma position après Bourdieu et Marx, les rapports de force et leur évolution établissent le droit et la morale et non l’inverse.
 
Au fond, tous ces gens qui se revendiquent du droit et de la morale sont d’horribles réactionnaires qui, faute de s’adapter aux mouvements du monde, provoquent plus sûrement les conflits de demain.
 
Il n’y a guère que les dictateurs qui se revendiquent de ces hautes notions, mon cher lecteur. Les hommes de bien mettent leur cœur et leur raison à appliquer le droit et la morale mais se gardent bien de convoquer comme de vulgaires sujets les principes mêmes qui les gouvernent.
 
Aussi, la question de la responsabilité entre l’instigateur et le déclencheur, m’importe peu. Je ne suis ni juge, ni moraliste. Il m’importe de lire les causes profondes des événements pour nous permettre de nous projeter, nous adapter et guider notre action de manière juste dans un monde qui ne l’est pas.
 
La souveraineté est première et celle-ci se construit dans le rapport de force historique, géographique et social. Le droit et la morale ne viennent qu’après : Encore faut-il être souverain pour les établir.
 
Rappelez-vous Clausewitz et la continuation de la politique par d’autres moyens.
 
Rappelez-vous que les champions américains du droit et de la morale trouvent la guerre préventive juste en Irak et mauvaise en Ukraine.
 

Lentement et sûrement s’élève la Grande Muraille de Fer

 
Alors, mon cher lecteur, pensez-vous comme moi avoir observer le monde d’aujourd’hui avec les yeux de demain et l’expérience d’hier ? Pensez-vous que nous puissions ainsi guider notre action ?
 
Si oui, partagez cette lettre à vos réseaux, transférez-la à votre carnet d’adresses, republiez-la et faisons chacun ce que nous pouvons et ce que nous devons pour que le suicide de Bruxelles ne nous entraîne pas dans sa chute.
 
Apportez votre contribution à ce travail dans la section commentaires ci-dessous ainsi que vos contradictions, car ici le désaccord n’apporte pas l’anathème, bien au contraire.
 
Et maintenant que nous avons posé l’analyse, nous pouvons nous projeter et réfléchir à notre action individuelle et collective. Cela sera l’objet de ma prochaine lettre. Si vous n’êtes pas encore inscrit à la liste de diffusion en inscrivant votre adresse ci-dessous.
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle
 
PS : Je conclus ce long travail au moment où Emmanuel Macron s’exprime, confirmant à ma surprise la rupture implicite avec la réponse guerrière d’Ursula von der Leyen mais refusant de la consommer.
 
Oui, il aurait pu être un grand président, n’eut-il fracassé ses fantasmes sur la réalité de son impuissance de père sans enfant, de roi sans sujet, de général sans armée même mais de vassal humilié et de maître vengeur.
 

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À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle

 

 


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