50 milliards pour des trottinettes : LOL, PTDR et WTF

21 05 2019
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Mon cher lecteur,
 
Si les trottinettes s’installent à Paris façon sauterelles et bientôt partout ailleurs c’est parce qu’il y a un marché de 50 milliards à saisir.
 
Une étude rigolote du Boston Consulting Group estime le marché de la trottinette électrique en libre-service à 50 milliards de dollars, avec comme argument principal que la trotti c’est fun et cela plait aussi bien aux étudiants qu’aux cadres supérieurs dans le vent. Avec les valorisations actuelles, cela laisserait la place pour un leader valant 50 à 60 milliards de dollars.
 
Les consultants du BCG s’empressent de préciser que pour que cela marche, il faudrait que les villes du monde entier ouvrent leurs portes à ces engins, puis que le monde entier adopte la trottinette, mais pas au point d’acheter la leur. Il faudrait que le système deviennent rentable tout en restant économique pour l’utilisateur. Il faudrait que personne n’ait de meilleure idée d’ici-làMais c’est dans la poche.
 
Les mêmes consultants en costume 3-pièces qui finissent leurs blagues par LOL, PTDR et WTF pour faire jeune et dans le vent.
 
Bien sûr, les villes changent et la manière de s’y déplacer également. Les trottinettes en libre-service sont une réponse à ce changement et à ce titre elles méritent une attention anecdotique.
 
Ce phénomène révèle en revanche quelque chose de bien plus considérable sur la pyramide alimentaire du monde de l’investissement et de la finance :
  • Le modèle d’affaire n’est pas viable économiquement. Il n’est pas rentable et sera vraisemblablement obsolète avant de jamais l’être au même titre que les vélos en libre-service (Decaux se paie en affichages publicitaires dans les villes où il opère ses vélos) ou les services de chauffeurs type UBER : nous commençons à avoir un retour d’expérience sur le modèle d’affaire et il ne marche pas ;
  • Il n’est même pas écologique, ces machines ont une durée de vie de 3 mois actuellement (et encore moins à Paris) et finissent en montagnes dans les décharges. Les éléments en aciers seront fondus comme pour les vieux Vélib, les moteurs, vraisemblablement déchiquetés. Vous me direz que c’est toujours mieux qu’une voiture, je vous avouerai que dans Paris je préfère encore mes pieds.
Pourtant la société américaine Lime a levé plus de 750 millions de dollars de financement, alors que la société a à peine 3 ans et qu’elle pensait d’abord commercialiser des vélos…
 
Il y a 2 ans, le fonds Andreessen-Horowitz a investi 13 millions de dollars avec d’autres investisseurs lors d’un premier tour (série A). Si les chiffres ne sont pas publics, dites-vous que contre 13 millions, les investisseurs ont dû obtenir environ 20 % des parts de la société.
 
L’année dernière, un nouveau tour de financement a valorisé Lime à plus d’un milliard de dollars, c’est-à-dire que les nouveaux investisseurs parmi lesquels Google et UBER ont investi plus de 300 millions de dollars pour environ 30 % des parts (encore une fois, les chiffres ne sont pas publics, ce sont des estimations sérieuses).
 
Cela signifie également que les 20 % détenus par Andreessen et les premiers investisseurs valent, sur le papier, plus de 200 millions de dollars soit un bénéfice latent de près de 2 000 % en tout juste un an.
 
C’est un coup de maître qu’ont réalisé les investisseurs d’Andreessen-Horowitz !
 
Ils sont sur la voie de Goldman-Sachs qui a réalisé une plus-value de près de 10 000 % avec Uber malgré le fiasco de l’introduction en Bourse.
 
L’introduction en Bourse d’UBER devait se faire à 120 milliards de dollars. Ce ne fut que 75 finalement et le cours a encore perdu 20 % : l’introduction en Bourse d’UBER est un fiasco et il est même étonnant qu’ils aient réussi à aller au bout.
 
Le succès des uns est la perte des autres.
 
Des sociétés comme Lime ou UBER ne créent pas de valeur ils en détruisent massivement mais ce n’est pas grave car ils permettent également de gigantesques transferts de valeur.
 
Qui achète l’action UBER ?
 
Je n’ai pas lu un seul analyste, je n’ai pas eu une seule discussion, je n’ai pas lu ni entendu un seul argument en faveur d’un investissement dans UBER depuis son introduction en Bourse.
 
Pourtant il est rpobable que vous allez investir dans UBER mon cher lecteur.
 
Vous allez investir dans UBER et vous ne vous en rendrez même pas compte.
UBER est côté au Nasdaq. Dorénavant, toute personne qui achète un ETF du Nasdaq, c’est-à-dire un fonds composé des sociétés de l’indice, achète de l’UBER. Votre banquier qui va vous proposer des unités de comptes en actions pour votre assurance vie intégrera sans aucun doute un peu de Nasdaq. Les grands gestionnaires de fonds, les assureurs, les fonds de pensions ceux qui gèrent l’argent de la planète entière et se tournent massivement vers la gestion passive vont acheter du UBER et demain du Lime.
 
Mais UBER n’est pas rentable. Lime n’est pas rentable. Ces sociétés ne créent pas de valeur, elles en détruisent. C’est une grande chaîne de Ponzi.
 
Dans une course de taxi, il n’y a pas la place pour les 30 % que réclament UBER. L’idée est géniale mais elle ne vaut pas un monopole ni 100 milliards de dollars.
 
Dans un trajet de trottinette il y aura encore moins la place pour la part de Lime, les 10 000 % d’Andreessen, les frais d’avocats, de marketing et publicité.
 
Cela ne veut pas dire que les trottinettes sont un mauvais mode de transport.
Cela veut juste dire qu’une société qui loue des trottinettes ne vaut pas 50 milliards de dollars. Ni même 2 ou 5.
 
C’est le roi nu, les bourses ne tiennent qu’à cette illusion, qu’à ce mensonge.
 
Mais si Lime ne vaut pas 2 milliards, UBER n’en vaut pas 100. Si UBER ne vaut pas 100 milliards, Google n’en vaut pas 1 000 si Google ne vaut pas 1 000 milliards, les bourses ne valent pas 80 000 milliards et si les bourses ne valent pas 80 000 milliards, n’investissez pas en Bourse maintenant.
 
Ce que je viens d’écrire n’est pas une fantaisie, c’est comme cela que marchent les marchés financiers dorénavant, par ancrage. Les sociétés ne sont pas valorisées selon leur capacité à générer des profits à long terme mais les unes par rapport aux autres. Si Uber vaut 100, alors Lime vaut 2 et inversement.
 
Et il n’y a qu’une seule raison pour que ce fonctionnement ne continue pas ainsi : c’est qu’il est en voie d’obsolescence. Il est sur le point d’être remplacé par quelque chose de mieux, de plus utile et efficace. Mais cela ne vous tombera pas dans le bec.
 
Je vous en dis plus dans ma prochaine lettre…
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle
 
 
Sources :
 
 
Je remercie le service économie du Figaro d’avoir repéré l’étude. Je dis suffisamment de mal d’eux pour noter ce bon article, d’autant qu’ils ont eu l’intelligence de se contenter de traduire les arguments du BCG (avec quelques erreurs certes, le marché de la trottinette ne pèse pas 1,5Mds$ aujourd’hui mais plutot 300 millions. 1,5 milliards, ce sont les financements) : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/le-marche-de-la-trottinette-electrique-n-est-pas-rentable-selon-une-etude-20190517
 

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