Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
Les États-Unis sont en train de rentrer dans une explosion des coûts de l’électricité similaire sinon pire à celle que nous avons connue en Europe en 2022-2023.
Chez nous, c’est la guerre en Ukraine et le sabotage du gazoduc Nordstream II qui avaient déclenché la crise… Aux États-Unis, c’est l’explosion de la demande d’électricité des centres de données pour l’IA qui met le réseau dans la panade (malheureusement, nous sommes les suivants sur la liste).
« Le goulet d’étranglement aujourd’hui ne se situe pas au niveau des puces spécialisées en IA mais de l’énergie pour les faire tourner !
[…]
Le problème n’est pas de produire les puces spécialisées mais de les brancher : Nous allons avoir besoin de près de deux fois la capacité nucléaire française d’ici 2030 pour faire tourner les centres de données.
[…]
Les 6 à 7 000 milliards d’investissements en cours pour l’IA sont en train de se déverser sur des sociétés énergétiques et industrielles d’infrastructures et nos ingénieurs français ont encore leur mot à dire ! »
À peine avions-nous rendu l’antenne que Donald Trump annonçait un plan spécial d’accès à l’électricité aux États-Unis. Car la crise énergétique est là… Et les élections de mi-mandat arrivent cet automne.
L’enjeu de l’Intelligence Artificielle n’est plus au niveau des algorithmes ni même des puces : Il est désormais au niveau des centres de données et de l’énergie pour les faire fonctionner.
Les géants de l’IA deviennent des sociétés INDUSTRIELLES énergivores !
Ainsi que je vous l’avais écrit dès le printemps dernier, les mammouths de la Tech sont en train de se transformer en sociétés industrielles. Ils dépensent collectivement quasiment tous leurs bénéfices en infrastructures, en usines de données.
| Société |
Capex 2025 (infrastructure IA/centres de données) |
Bénéfice net 2025 |
| Google (Alphabet) |
91–93 Md$ |
~135 Md$ |
| Microsoft |
80 Md$ (FY25, clos juin 2025) |
101,8 Md$ (FY25) |
| Amazon |
100–125 Md$ |
~70–75 Md$ |
| Meta |
70–72 Md$ |
~65–70 Md$ |
En 2025, les 4 « hyperscalers » américains ont investi plus de 350 milliards de dollars dans leurs infrastructures ! En 12 petits mois.
Bien sûr une partie de ces investissements concerne l’efficacité énergétique de leurs serveurs et processeurs, j’y reviens ci-dessous. Fort heureusement, l’augmentation des puissances de calculs n’est pas immédiatement suivie par une augmentation comparable des besoin d’électricité : Nos réseaux se seraient déjà effondrés ! Mais la part du lion des gains d’efficacité est derrière nous selon une analyse de Goldman Sachs :
+1100% ! Le premier fournisseur de courant de gros voit ses prix fixes multipliés par 11 aux dernières enchères
Ce mouvement d’installations de fermes IA accélère et les résultats sont là : le premier opérateur de gros américain, PJM, a vu ses tarifs fixes — ou prix capacitaires — multipliés par 11 cet automne (j’ai relégué en PPS l’analyse technique sur la formation du prix de l’électricité aux États-Unis) !
PJM coordonne l’électricité de 21 opérateurs régionaux dans 13 États de la côte Est des États-Unis. 65 millions d’Américains dépendent de PJM pour leur
électricité.
La part fixe des factures d’électricité des foyers desservis par PJM est passée de 8 à 25% de la facture… Et l’explosion de la part variable arrive dans les prochains mois.
L’avenir malheureusement s’annonce en effet bien plus sombre : Même à 330$ l’option (au lieu de 30$ normalement), les fournisseurs d’électricité ne pourront bientôt plus fournir suffisamment d’énergie par rapport à la demande…
Cela signifie que c’est désormais la part variable, l’électricité achetée chaque jour pour le lendemain, qui va exploser (selon le même principe que les réserves de capacités décrites en ps). Ce n’est pas une question de si ni même de quand : Nous savons déjà que le réseau de PJM risque fort de manquer de capacités dès cette année avec les plus fortes tensions prévues en 2027.
Déjà 10$ pour l’IA sur chaque facture d’électricité des foyers américains !
C’est maintenant qu’il faut régler les problèmes d’électricité, pas dans dix ans…
Si Elon Musk fait le fier avec ses projets de centres de données dans l’espace, pour le moment il fait comme tout le monde et sa ferme géante Colossus fonctionne avec 15 bonnes vieilles turbines à gaz en plus de toute l’électricité que veut bien lui concéder le Tennessee.
De manière général, les géants de la tech acceptent d’installer la moitié de leur puissance nécessaire sur site mais insistent pour être connecté au réseau afin de gérer la partie variable de leurs consommation. L’équilibre de fermes IA totalement autonomes en énergie ne tient pas économiquement et financièrement.
C’est pour cela que Trump rentre sur le ring : Aujourd’hui, les foyers américains sponsorisent les fermes de données à hauteur de 10$/mois d’augementations sur leur facture d’électricité et demain cette facture va exploser.
Or, Trump doit faire face à des élections de mi-mandat dangereuses pour lui à l’automne : Les Démocrates sont remontés comme un coucou suisse et ont déjà annoncé qu’ils engageraient une procédure de destitution s’ils gagnaient ces élections traditionnellement défavorables au gouvernement.
Or, la majorité de Trump est fragile et 64 % des Américains estiment qu’il n’en fait pas assez pour le pouvoir d’achat : Dans ce contexte, une facture d’électricité qui explose fait l’effet d’une bombe !
Grandes annonces de Trump : Pas d’effet immédiat
Trump a donc décidé avec quatre gouverneurs de la côte Est couverte par PJM de présenter un plan en deux parties :
- Faire payer les investissements nécessaires aux mammouths de la tech ;
- Plafonner les prix de l’électricité immédiatement pour les particuliers.
Si l’on comprend bien les bonnes intentions électorales de Trump qui a besoin de préparer les élections de mi-mandat, l’exécution est à côté de la plaque.
Notons d’abord que Trump n’a pris aucun engagement, il ne fait déployer une feuille de route non contraignante.
Et c’est normal, l’énergie est une prérogative des États et de l’autorité de contrôle, la FERC. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y a quasiment pas d’interconnection entre les grandes zones électriques américaines… Cela aussi n’aide pas.
Le secteur de l’énergie a raté l’avènement de l’IA
Ces vieilles entreprises et administrations ont totalement raté l’avénement de l’IA, les projections de croissance de la demande de PJM de 2024 on dû corriger les prévisions de 2022 d’un facteur 2 pour 2026 et d’un facteur 6 pour les années suivantes : Ils n’ont pas vu le coup partir !
Le graphique ci-dessous vous montre les prévisions de croissance de 2022, ce sont les points verts et les corrections de 2024… Les point oranges :
PJM se crispe aujourd’hui devant Trump qui n’est pas de leur bord politique, qui ne joue pas selon les règles de ces vieilles structures fatiguées et qui les met face à leurs responsabilités comme jamais auparavant.
Et quand bien même, mettons que Trump arrive à tordre le bras de ces vieilles administrations qui ont totalement raté l’arrivée de l’IA, il ne résout pas le problème d’accès à court terme.
Ce n’est pas vraiment de sa faute… Le problème est quasiment insoluble sans réduire l’appétit des mammouths de la tech tant la demande est forte. Et pour le moment, Trump entend les faire payer, un peu, mas pas les contraindre davantage.
Trop peu, trop tard… au mauvais endroit
En effet, le plan de Trump pour financer les besoins énergétiques repose sur des contrats spéciaux sur 15 ans qui permettraient de financer 15 milliards d’investissements… À partir de 2029.
Or, les problèmes sont à la porte aujourd’hui, pas dans 15 ans, et les montants d’investissement se comptent en centaines de milliards, pas en dizaines.
Non seulement les investissements se comptent en centaines de milliards, mais la part du lion ne se trouve pas dans la construction de nouvelles centrales mais dans l’adaptation et la rénovation du réseau américain en très mauvais état… 720 milliards selon Goldman Sachs d’ici 2030. Et ces investissements n’attirent pas foule.
Si vous avez déjà voyagé aux États-Unis vous avez sans doute constaté comme moi le niveau de délabrement des réseaux électriques avec des cables aériens en pagaille reliés au réseaux de manière anarchique et des matériels qui ne sont pas à la hauteurs des transformations en cours de nos réseaux électriques… En Europe nous sommes gravement en retard, aux États-Unis c’est encore bien pire.
Le danger du contrôle des prix de l’électricité
De l’autre côté, si Trump met effectivement en place un contrôle des prix alors qu’il n’a pas réglé le problème de production il risque fort un effondrement du réseau, une panne géante par pénurie.
Cela est très improbable, notons que le plan n’est qu’à l’état d’annonce.
Nous en sommes au point où des capacités de calcul en Intelligence Artificielle sont produites mais improductives car elles attendent d’être connectées au réseau.
6 à 7 000 milliards d’investissement dans les infrastructures IA !
Le problème de l’IA est un problème industriel d’infrastructures et quand McKinsey estime que le secteur est en train de générer 6 à 7 000 milliards de dollars d’investissements, c’est vers les infrastructures que ces sommes se dirigent.
C’est un constat très important que je vous partage aujourd’hui.
À part Google, que Guillaume a conseillé à point nommé en mai dernier aux membres de la Conférence des Investisseurs qui ont réalisé plus de 100 % de gain — Guillaume a débouclé la position le mois dernier — les autres mammouths de la tech ne font pas fière allure en Bourse alors même qu’ils dépensent sans compter.
Si vous avez raté le train de l’IA : Rattrapez-vous avec les vendeurs de pioches
Si vous pensez avoir raté le coche de l’IA, vous avez une séance de rattrapage aujourd’hui grâce à ces besoins massifs d’infrastructure et ces sociétés que j’appelle les vendeurs de pioches de la ruée vers l’IA selon l’adage bien connu de
À la différence de nos mammouths, les sociétés qui développent les infrastructures de l’IA sont recherchées à prix d’or et font leurs marges aujourd’hui en plus de ne pas être toutes sur-évaluées.
Bien sûr, il faut faire le tri : Je ne vous recommanderais pas, par exemple, ASML.
ASML : La fausse bonne idée de la PME hollandaise sans qui la révolution de l’IA serait déjà FINIE !
C’est sans doute LA plus belle société liée à l’IA, toute la révolution de l’IA serait au point mort sans eux.
Ils ont travaillé pendant 40 ans (quarante !) pour mettre au point la machine qui permet de graver les puces IA à l’échelle du nanomètre. Toute la chaîne de valeur du secteur est dérivée de cette capacité de calcul obtenue grâce à cette miniaturisation extrême que le monde pensait impossible il y a 10 ans encore.
Mais c’est une société désormais survalorisée au niveau de Nvidia, c’est-à-dire 50 fois ses bénéfices, qui n’est jamais qu’une PME hollandaise au cours de Bourse façon grand-huit et qui est tenue par ses clients historiques qui n’entendent pas livrer à la concurrence le fruit de 40 ans de recherche qu’ils ont financé à grands frais. Pas de gains ici en ce début d’année.
2 pépites françaises : La revanche des ingénieurs
Guillaume a sélectionné en revanche deux pépites françaises qui mettent nos ingénieurs à l’honneur. La première société est championne des matériaux composites essentiels à l’efficacité énergétique des puces et matériels des centres de données. Elle répond exactement au problème actuel et ses perspectives sont excellentes.
La seconde est un groupe presque bicentenaire originaire de Limoges qui est devenu le leader de la livraison de centres de données clé en main partout dans le monde.
Au-delà de ces deux pépites françaises, Guillaume a également sélectionné un fonds spécialisé non pas en IA mais dans le Cloud. C’est la brique fondamentale ! Aujourd’hui quasiment toutes les requêtes IA se font dans le cloud : c’est l’infrastructure de base sur laquelle se construit le déploiement de l’IA. C’est une manière particulièrement intéressante de nous positionner à large spectre sur les infrastructures de base de l’IA.
Positionnez-vous sur les pénuries de mémoire-vive… Et l’adoption de l’IA par les entreprises.
Guillaume a également sélectionné un fabricant de puces qui taille des croupières à Intel et gagne des parts sur Nvidia grâce à des processeurs qui embarquent des quantités astronomiques de mémoire vive pour faire fonctionner les modèles les plus lourds. Or, il y a un goulet particulier en ce moment sur la mémoire vive, la RAM. Leur prix a triplé depuis un an et ce spécialiste américain est particulièrement bien positionné pour casser ce goulet et en tirer les bénéfices.
Enfin, Guillaume a sélectionné un géant de la tech, qui est particulièrement bien placé pour bénéficier de la vague d’adoption par les entreprises qui a pris le pas, avec un peu de retard, sur le grand public.
La renaissance d’Apple ? Suivez le développement de l’IA à long terme
Les opportunités sont là. Elles ne sont pas moins intéressantes que celles qui nous ont si bien servi l’année dernière.
Nous sommes aussi attentifs aux suivantes. Si Apple est dans la panade aujourd’hui et semble avoir complètement raté son développement dans l’IA, ils ont un atout maître.
Leurs puces Apple Silicon sont les meilleures pour faire des calculs IA en local sur les ordinateurs et téléphones.
Si aujourd’hui tous les calculs se font de manière distante, le goulet énergétique des centres de données, les problèmes de confidentialité et plus simplement, les questions d’efficacité pour des requêtes relativement simples pourraient bien redonner l’avantage à Apple d’ici un an ou deux. Il faut d’abord voir comment l’accord qu’ils viennent d’annoncer avec Google va marcher. Il n’est jamais simple de travailler avec son premier concurrent.
Votre conférence des Investisseurs sur les vendeurs de pioches de l’IA EN CADEAU
Il y a en tout cas, un développement à accompagner sur le temps long qui promet d’être très fructueux pour ceux qui savent prendre les vagues successives au bon moment.
C’est ce que nous faisons avec le Cercle des Investisseurs. Nous avons pris une excellente vague l’année dernière. Celle de cette année ne s’annonce pas moins passionnante et nous nous préparons déjà pour la suivante grâce à un travail cumulé d’analyses fondamentale et pratique.
C’est cet accompagnement dont vous pouvez bénéficier en faisant un essai à la Conférence des Investisseurs. Vous recevez immédiatement en cadeau le dossier d’investissement sur les vendeurs de pioches de la ruée vers l’IA et la rediffusion de la Conférence grâce à l’offre spéciale disponible jusqu’à demain soir, dimanche minuit.
À votre bonne fortune,
Guy de La Fortelle
PS : C’est la 3 fois que j’exploite cette stratégie de vendeurs de pioche. Elle nous a toujours très bien servi et c’est une stratégie particulièrement adaptée à ce moment de développement de l’IA.
L’adage veut que dans une ruée vers l’or, ce sont les vendeurs de pioches qui s’enrichissent… Mais ce n’est pas seulement un adage : Vous connaissez sûrement les jeans
Levi’s… Que confectionnait monsieur Levi Strauss pour habiller les orpailleurs dans les années 1850… ou encore les cartes de crédit American Express… Société d’abord fondée pour transporter les mêmes orpailleurs et leur matériel sur la côte Ouest des États-Unis… Il y a aussi Wells Fargo, 4e banque des États-Unis qui a été formée pour fournir des services bancaires aux mêmes orpailleurs habillés par Levi’s et transportés par AmEx. Près de 200 ans plus tard, ces entreprises de vendeurs de pioches sont devenues de grands groupes mondialisés. Voilà le type d’opportunité derrière l’adage.
PPS sur la fixation des prix capacitaires de PJM : 2 fois par an, PJM organise des « enchères ». L’opérateur demande à ses fournisseurs la quantité d’énergie qu’ils peuvent mettre à disposition du réseau de 6 mois à 3 ans et le prix qu’ils demandent pour que cette énergie soit réservée. Attention, il ne s’agit pas du prix de vente, simplement un prix fixe pour que le fournisseur d’électricité « réserve » le fonctionnement de sa centrale au réseau de PJM. Puis il demande à ses clients quels seront leurs besoins en énergie de 6 mois à 3 ans. Enfin, il compare l’offre et la demande et établit un prix de capacité pour tous les fournisseurs sélectionnés.
Prenons un exemple : Mettons que les clients de PJM réservent 1 GW.jour d’électricité. En face, 3 centrales proposent leurs capacités : La première a 600 MW.j à 10$/MW.J, la seconde en a 500 à 30$/MW.J et la 3e en a 200 à 300$/MW.J. Dans ce cas, PJM réserve les capacités des 2 premières centrales et les paie CHACUNE 30$/MW.J.
Mais voilà qu’aux enchères suivantes, un centre de données est en construction et les besoins s’élèvent désormais à 1,2 GW.jour… Il faut alors faire appel au 3e fournisseur qui lui demande un tarif astronomique de 300$/MW.J… Et alors les 3 opérateurs sont rémunérés 300$.
Ce principe d’enchère incite les centrales à fixer le prix le plus bas possible pour être sûres d’être sélectionnées et de toucher le prix de capacité. En rémunérant toutes les centrales au prix de la centrale la plus chère, PJM incite les centrales à investir pour produire de l’électricité moins chère et gagner des parts de marché par rapport au fournisseur hors de prix. À long terme, tout le monde est gagnant… Dans la mesure où il n’y a pas d’entente entre les fournisseurs.
Jusqu’ici, tout va bien… Sauf que le réseau américain, comme le réseau européen, a dû gérer des baisses de consommation pendant 15 ans et jusqu’en 2023… Et tout d’un coup, en 2023, la demande est repartie à la hausse en grande majorité à cause du développement de l’intelligence artificielle.
Et cela pose un gros problème : Une entreprise de la tech comme Google ou Microsoft est beaucoup plus réactive que des fournisseurs d’électricité qui doivent construire des centrales, s’assurer que la demande se maintiendra pendant 15 ou 20 ans pour rentabiliser leur investissement et les brancher sur un réseau capable de les accueillir… Bref, quand un mammouth de la Tech a besoin de 2 ou 3 ans pour construire un centre de données, les fournisseurs d’électricité ont plutôt besoin de 6 à 10 ans pour suivre : c’est le problème qui se pose actuellement aux États-Unis et dans une moindre mesure en Europe.
Et c’est comme ça que les clients finaux de PJM ont vu la part fixe de leur facture d’électricité multipliée par 3 en un an ! Cela vous rappelle peut-être de mauvais souvenirs. Les raisons sont différentes, mais le résultat est le même.
2026-01-17T15:26:01