La mauvaise alternative au cash d’Amundi

30 05 2019
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Mon cher lecteur,
 
Le monde de l’investissement abuse dans ses publicités de l’image de la montagneliberté, aventure, le toit du monde
 
Amundi ne déroge pas à la règle dans le prospectus de la nouvelle gamme de fonds d’investissement supposément mieux que le cash. Ils ont trouvé la solution pour un placement liquide ET «rentable».
 
Ce sont des fonds obligataires qu’ils appellent «buy and watch», une espèce d’entre deux entre gestion active et passive : des obligations à 6 ans dont vous touchez un coupon chaque année (l’équivalent du dividende mais pour les obligations). Au bout de 6 ans vous récupérez le principal. Vous pouvez sortir du fonds à tout moment, il ne vous en coûtera qu’1% de frais.
 
Cette gamme de fonds obligataires est inhabituelle : généralement les gestionnaires ne s’attachent pas vraiment au coupon mais plutôt aux variations de taux, surtout en ces temps de taux affreusement bas.
 
Pour continuer la comparaison avec les actions c’est comme si vous investissez dans l’espoir que le cours monte plutôt que pour le dividende que versera la société chaque année. Dans le monde des obligations, quand les taux baissent, les valeurs des obligations montent et inversement. C’est plus risqué que toucher simplement son coupon mais également plus rémunérateur.
 
Les nouveaux fonds Amundi se focalisent sur les coupons afin de ne pas être soumis aux aléas de marché. L’objectif est de trouver du «rendement» en évitant les risques liés à la volatilité.
 
Je note rendement entre guillemets car le premier fonds de cette gamme, commercialisé en ce moment, vise un coupon (rendement) de 1% par an.
 
Avec un objectif de 1% par an, 0,25% de plus qu’un livret A sécurisé, et moins qu’un fonds euro d’assurance vie, lui aussi sécurisé mais bloqué pendant 8 ans :  ils ciblent clairement le cash, l’argent qui « dort » sur les comptes courants.
 
A priori pour 1% de rendement on s’attend à quelque chose de sécurisé… Il n’en est rien. Rien : ni les coupons, ni le principal ne sont garantis. 
 
C’est d’autant plus important que pour obtenir un rendement de 1% (après frais de gestion), ils investissent dans des obligations BBB- en moyenne.
 
Les dettes des entreprises, comme celles des Etats, sont notées par des organismes (S&P, Moody’s, Fitch…). Plus votre note est bonne, plus les rendements sont faibles et inversement. Les meilleures entreprises, notées AAA empruntent à taux négatifs : on les paie pour leur prêter de l’argent.
 
On classe ces notations en 2 catégories : Investment Grade ou IG (catégorie d’investissement) et High Yield (haut rendement), qui est la façon polie de dire junk bond ou dette pourrie. La première catégorie est considérée comme sûre avec des risques de défauts minimes et la seconde est, elle, spéculative.
 
Les obligations Investment Grade sont notées de AAA à BBB-.
 
Lorsque vous investissez en BBB-, comme Amundi, vous vous placez donc à la limite du spéculatif. Vous êtes dans cette zone grise où il n’y a plus de tampon : si les agences vous dégradent vous basculez dans la zone des investissements spéculatifs et vous entrez en crise comme Altice, le groupe de Patrick Drahi qui détient SFR et BFM.
 
Par exemple des obligations seniors de la Deutsche Bank ou de General Electric sont notée BBB-. Ces deux groupes sont chahutés en bourse ces dernières années. Ce sont des entreprises en voie de zombification, c’est-à-dire qu’elles n’arrivent plus à supporter le poids de leur dette : elles ont besoin d’emprunter pour payer leurs intérêts.
 
C’est pour cela que l’on appelle souvent cette catégorie «fallen angel» ou ange déchu. Ce sont des entreprises qui furent des leader à la gestion exemplaire… Il y a longtemps.
 
Cette catégorie attire les regards (experts) récemment : en effet, les taux obligataires ont baissé ces derniers mois dans toutes les catégories IG sauf les BBB-.
 
Et là, il y a deux écoles :
 
  • Ceux qui regardent le fondamental et pensent qu’elles n’ont pas baissé car les problèmes de solvabilité et les risques de dégradation s’accumulent et ;
  • Ceux qui regardent par ancrage et qui pensent que si une obligation AAA est à taux négatif, alors une BBB- doit avoir un taux plus bas que ce que l’on observe en ce moment (je vous rappelle que lorsque les taux baissent, les valeurs des obligations montent), dit autrement, le rapport qualité-prix ou risque-rendement serait meilleur sur les BBB- en ce moment.
Chez Amundi, ils sont clairement dans la seconde catégorie, même si les banques centrales françaises et allemandes ont tiré la sonnette d’alarme et augmenté les coussins contra-cycliques des banques, même si les entreprises françaises sont déjà sur-endettées, même si le volume d’obligations BBB- explose littéralement depuis 2008 augmentant la pression.
 
Mais peu importe, je ne m’avancerai pas à faire de prédiction.
 
Peu importe qui a raison.
 
Peu importe : ces fonds sont un mauvais investissement car pour gagner de l’argent à long terme sur les marchés il ne faut pas avoir raison, il faut que vos investissements soient asymétriques c’est-à-dire des investissements où les potentiels de gains sont plus importants que les risques de perte.
 
C’est FONDAMENTAL. Re-lisez le paragraphe ci-dessus : pour gagner de l’argent, il ne faut pas avoir raison, il ne faut pas savoir prédire l’avenir ou détenir une boule de cristal, il faut avoir précisémment pesé les risques et opportunités : il faut que vous ayez plus à gagner qu’à perdre.
 
Cela ne veut pas dire que l’analyse ne sert à rien, cela signifie que la courbe de rendement de votre investissement est plus importante encore.
 
Il n’y a là rien d’extraordinaire, si vous partez faire une grande randonnée en montagne, comme vous le suggère le prospectus d’Amundi, dans son image d’épinal, le plus important N’est PAS tant d’avoir parfaitement prévu la météo (vous finirez toujours pas vous tromper, ou subir un imprévu) mais que vous soyez bien équipé contre l’orage et les tempêtes : il n’y a qu’assez peu d’intérêt à aller faire un belle balade en montagne si vous avez une chance non négligeable de vous blesser sérieusement parce que vous étiez mal équipé.
 
Selon cette lecture, placer quelques centaines d’euros dans les cryptomonnaies est un bon investissement  : si vous investissez 500€ dans du bitcoin vous avez un potentiel de gain de plusieurs milliers d’euros alors que vous ne perdrez jamais plus que les 500€ que vous avez placés. En revanche si vous investissez tout votre patrimoine dans les cryptos, alors cela devient un très mauvais investissement car en cas de pépin, si vous avez besoin d’argent, vous pouvez être obligé de vendre des cryptos, potentiellement au pire moment. C’est pour cela qu’il ne faut investir dans les cryptos que de l’argent dont vous ne risquez pas d’avoir besoin rapidement.
 
Dans le cas des fonds Buy and Watch d’Amundi, l’asymétrie est inverse, à la perte : si tout va bien vous ne gagnez presque rien mais en cas d’orage, et le ciel est noir sur les obligations, vous risquez de vous prendre une grosse claque.
 
Il y a dans cette nouvelle stratégie d’Amundi comme un parfum de 2008 : en 2008 on investissait à tour de bras dans de la dette immobilière spéculative en pensant que le marché immobilier était inébranlable et les mauvais payeurs dilués dans des stratégies «diversifiées» aujourd’hui on investit massivement dans de la dette d’entreprises (qu’elle soit boursière ou obligataire) en pensant pareillement que des entreprises comme General Electric et Deutsche Bank NE peuvent PAS faire faillite et que les mauvais payeurs seront dilués.
 
N’ont-ils rien appris de 2008 ? Oh si, sans aucun doute, ils sont comme des touristes qui partent en montagne ou dans une zone dangereuse avec un slip de rechange, une paire de baskets et une carte bleue : ils comptent sur les secours pour les sauver. Ici l’hélicoptère sont les banques centrales et elles tournent déjà à plein. Malheureusement, quand tout le monde se met à agir ainsi, cela finit mal.
 
Amundi est le plus gros gérant de fonds en Europe avec plus de 1 400 milliards d’euros d’actifs sous gestions (la société est issue de la fusion des filiales de Crédit Agricole et Société Générale en 2009). Ces fonds, c’est à vous qu’ils les destinent. Ne soyez pas surpris si votre banquier vous conseille bientôt de délester votre compte courant pour cette stratégie.
 
A mon avis, il s’agit d’une mauvaise idée. Plus que jamais aujourd’hui «cash is king».
 
Faites passer le mot : transférer cette lettre à votre carnet d’adresse, partagez-là sur les réseaux sociaux grâce aux boutons ci-dessous.
 
A votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle
 
PS — voici le lien vers le prospectus de la nouvelle gamme de fonds Buy and Watch d’Amundi : https://www.amundi.lu/retail/Investment-opportunities/Buy-and-Watch

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