Le sens de Sylvie Goulard à la Commission

31 08 2019
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Mon cher lecteur, 
 
Sylvie Goulard est la candidate française à la Commission européenne.
 
Nous passerons sur les « affaires » aussi passionnantes qu’un jour sans pain, Madame Goulard est compétente : 
 
C’est un soulagement après la honte infligée par Moscovici, dont vous aviez sans doute oublié le poste pourtant considérable de Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la Fiscalité et à l’Union douanière et dont le mandat insignifiant n’aura été émaillé que de ses gaffes et d’un titre de Roi des fainéants par le Handesblatt…journal économique allemand type Les Échos.
 
Madame Goulard m’intéresse dans cette chronique car elle est actuellement sous-gouverneur de la Banque de France et à ce titre elle a mis en place un partenariat avec la banque américaine JP Morgan pour offrir des services sur le marché de l’or depuis Paris.
 
Ce mouvement est passé largement inaperçu à part quelques passes d’armes entre experts qui ont vu :
  • Soit une opportunité liée au Brexit, pour piquer la place à Londres ;
  • Soit l’abandon de l’or de la France (2 400 tonnes, 5e réserve mondiale) à des intérêts privés.
 
Les deux sont faux.
 
Vous savez sans doute qu’il existe or et or : le lingot physique et l’or-papier (depuis longtemps numérisé) qui vous permet de spéculer sur l’or sans avoir à en détenir.
 
Comprenez bien que l’or est un marché saturé par le papier qui représente 99,7% des échanges.
 
Grâce au papier, un détenteur d’or physique peut « prêter » son or, le louer, l’échanger (swap), l’hypothéquer, le ré-hypothéquer (c’est-à-dire le donner comme caution à plusieurs partenaires différents), bref, à partir d’un seul petit lingot physique stocké dans un coffre, vous pouvez créer l’équivalent de 300 lingots au format papier.
 
Tout cela repose sur la confiance. Le jour où 300 personnes (ou seulement 10) se rendent comptent que la promesse d’or qu’ils détiennent ne correspond pas du tout à de l’or réel, vous avez un problème.
 
 
Mais la France est une vieille dame précautionneuse et tandis que Londres et New-York ont développé dès les années 1950 ces foisonnants services sur l’or dans la plus grande opacité… Nous nous étions abstenu jusqu’en 2009 (bien avant l’arrivée de Madame Goulard à la Banque de France).
 
Oui mais voilà, en 2008, aux États-Unis, l’or a joué un rôle important dans le sauvetage des banques. Au pire de la crise, quand plus rien ne s’échangeait à part les obligations américaines et l’or, la Fed justement a « prêté » une partie de son or à ses banques commerciales, qui se sont empressé de le vendre afin de dégager les liquidités dont elles manquaient si cruellement.
 
Cet or contribua à éviter l’effondrement des banques et permettre leur rétablissement.
 
Signe que la manœuvre fut efficace, à partir de 2011, JP Morgan (encore eux) se mit à accepter l’or directement comme collatéral (garantie).
 
Selon moi, c’est cet outil dont veulent se doter Madame Goulard et la Banque de France.
 
Ce n’est qu’une hypothèse et je ne m’attends pas à ce que quiconque à la BNF admette un tel scénario mais il est robuste :
 
À partir de 2009, la Banque de France dont les stocks devaient contenir bon nombre de barres raffinées et coulées au XIXe siècle, mit son stock aux normes internationales : format, poids, pureté (999,9‰). Pour l’occasion, la banque s’est même dotée d’une capacité de raffinage qu’elle n’avait pas jusqu’alors.
 
Cette manœuvre extrêmement coûteuse n’est pas anodine, il s’agit de mettre le stock d’or de la France aux normes d’échange internationales : c’est comme si vous faisiez des travaux dans une maison que vous n’habitez pas, généralement, c’est pour la mettre en vente.
 
Cela ne veut pas dire pour autant que la BNF s’apprête à brader l’or de la France au premier venu grâce aux bons services de JP Morgan mais cela veut bien dire que notre or est en train d’être désacralisé très probablement au profit de notre système bancaire et son sauvetage.
 
Effectivement, ce fut très utile il y a 10 ans.
 
Cela tombe sous le sens.
 
Mais justement, après 10 ans de réformes et sauvetages en tout genre, il apparaît clairement que ces sauvetages ont été extrêmement coûteux et totalement inutiles : les bilans de nos banques sont toujours aussi pourris.
 
En France, nous aimons bien nationaliser nos banques de détail et laisser la grande banque d’affaire réussir et échouer selon les heurs et bonheurs des temps. 
 
C’est cela que nous devrions faire : scinder pour de vrai la banque de détail et la banque d’affaires (pas la mascarade déplorable de Moscovici, Sapin et Hollande en leur temps) et sans doute nationaliser les banques de détail, le temps de nettoyer les comptes.
 
Mais ce genre de linge sale se lave en famille, cela signifierait sans doute la fin de l’Euro tel que nous le connaissons aujourd’hui, un revers sévère à la construction européenne et la mise à l’amende de toute une génération de technocrates, politiciens et banquiers disqualifiés.
 
Là est la véritable audace.
 
La promotion de Madame Goulard à la Commission européenne fait l’inverse, c’est encore plus de tout ce qui ne marche pas, c’est un cadeau de plus fait aux banques, à un mondialisme écervelé depuis longtemps obsolète. 
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle

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