L’histoire interdite de la crise italienne

29 08 2019
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Mon cher lecteur,
 
« Evidentemente l’accordo nato a Bruxelles, votando la commissione imposta da Merkel e da Macron, aveva l’obiettivo di portare indietro l’Italia e svenderla »
 
Voici une bombe qu’a lâché Matteo Salvini, futur ex-homme fort de Rome, il y a déjà 3 jours.
 
Elle a évidemment agité la presse italienne, a percé au Royaume-Uni (Daily Express), en Allemagne (Die Welt), en Espagne ( euronews.es) et ailleurs. 
 
En France personne n’a rien entendu. Malgré toutes nos subventions à la presse, il ne s’est pas trouvé un correspondant à Rome pour la traduire en vitesse et glisser une dépêche, pas un journaliste pour vérifier la déclaration.
 
Que dit-elle cette petite phrase lâchée en conférence de presse ce lundi :
 
« Évidemment, l’accord passé à Bruxelles pour faire voter la commission imposée par Merkel et Macron avait pour objectif de faire rentrer l’Italie dans le giron et de nous vendre. »
 
Matteo Salvini évoque la confirmation par le Parlement européen d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission. Elle fut élue de justesse : il suffisait de 28 voix pour faire basculer le vote, fait rarissime. Salvini dénonce donc un grand marchandage des 33 voix du Parti Démocrate et du M5S et les mains de Merkel et Macron derrière l’alliance des ennemis hier encore indéfectibles : Le M5S et le PD avaient jusqu’ici toujours été en guerre et déjà deux fois incapables de former une coalition.
 
Cela peut sembler fantaisiste à qui ne connaît pas son histoire.
 
Mais la réalité est que l’Europe a déjà fait tomber, d’une manière ou d’une autre, Berlusconi, Prodi et Renzi. 
 
Il semblerait qu’ils puissent ajouter Salvini à leur tableau de chasse.
 

Un précédent : les lettres secrètes de 2011 

En 2011, la BCE avait envoyé des lettres secrètes ahurissantes à l’Italie (mais aussi l’Espagne, le Portugal, l’Irlande) pour exiger des mesures politiques extrêmement précises et drastiques sous peine de lui couper les vivres : une banque dictait ses conditions à un État officiellement « souverain ».
 
En est-il de même aujourd’hui ? Combien le PD et le M5S ont-ils monnayé leurs voix… L’avenir le dira. Le précédent interdit en tout cas de prendre l’affirmation de Salvini à la légère.
 
La réalité est que Bruxelles a imposé depuis près de 10 ans des réformes drastiques à l’Italie et aujourd’hui les Italiens sont plus pauvres qu’avant l’Euro : ils ont toutes les raisons de se plaindre de l’Europe.
 
 

Discret retournement de veste à la Commission 

Or il se trouve que ces règles appliquées d’une main de fer en Italie, ne marchent pas et même Bruxelles le reconnaît implicitement : elles sont en train d’être, si ce n’est abandonnées, considérablement allégées.
 
À Bruxelles on parle de cette révision sous le nom : Pacte de stabilité, version 2.1.
 
Les sombres perspectives économiques, particulièrement en Allemagne font craindre le pire à l’Union.  Ils savent bien que leurs règles de plomb avaient creusé la crise de 2008 en la doublant de la crise existentielle des dettes souveraines en 2012.
 
Cela aussi, personne n’en parle en France. Il faut aller fouiller dans la presse anglo-saxonne pour s’informer. Et encore, les éléments de langages évitent soigneusement de parler de cet échec. La réforme n’est pour Bruxelles qu’une « simplification ».
 
N’empêche, la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré il y a quelques jours qu’elle « fera usage de toute la flexibilité permise par les règles ». Et tant mieux si les règles sont simplifiées et assouplies.
 

La stratégie de l’échec

Dans un monde sain, nous devrions débattre de cet immense échec politique. Nous devrions nous intéresser à Salvini. 
 
Je ne dis pas adhérer mais regarder attentivement.
 
Salvini a doublé ses opinions favorables depuis son arrivé au pouvoir et hissé la Ligue, son parti, à la première place de l’échiquier italien, le faisant passer de 19 à 38% d’intentions de vote.  En étant au pouvoir !
 
Il n’y a pas d’exemple comparable dans l’histoire politique récente de la France d’une telle confiance gagnée en exercice. Avant de balayer le leader populiste, encore faut-il comprendre l’homme populaire.
 
Mais nous ne sommes pas dans un monde sain et plutôt que de reconnaître à Salvini une victoire et lui accorder le cadeau d’un assouplissement des règles fiscales de l’Union, voilà les petits arrangements qui reviennent sur le devant de la scène pour éjecter l’homme fort de Rome au mépris des urnes et de la démocratie.
 
Car si les Italiens allaient aux urnes demain, Salvini deviendrait naturellement président du Conseil.
 

La grande peur des bien-pensants 

La réaction journalistique habituelle est toujours la même : Mussolini et Hitler sont bien arrivés au pouvoir par les urnes. Il faut faire barrage au fasciste Salvini.
 
Ce genre de réaction est une abdication de la pensée, de la crétinerie massive au pouvoir dévastateur.
 
Et pourquoi le populisme de droite de Salvini serait-il pire que celui de gauche du M5S ? Hitler était socialiste.
 
La réalité est bien plus complexe et la grande bourgeoisie d’affaires et les organisation supra-nationales sont au moins aussi responsables que les peuples dans l’émergence des dictatures nazie et fasciste ( cela aussi, a déjà été abondamment documenté).
 
Les chemins de la guerre sont nombreux et tortueux. Tous ceux qui ont amené la guerre l’ont toujours fait au nom de la paix et de la liberté. Souvenez vous des accords de Munich en 1938:
 
 
 
Ce qui crée les guerres c’est le mépris de la vérité, de la dignité et de la liberté humaine. Et ce mépris aujourd’hui est à Bruxelles, pas à Rome.
 

Inexpugnable vérité  

Signe enfin que la « crise » tient de la mascarade, les taux obligataires italiens se sont effondrés, le 10 ans passant sous les 1% pour la première fois de l’histoire italienne : il n’y a aucune tension sur les taux au contraire. Les marchés se réjouissent depuis le début ou presque, comme si la partie était pipée.
 
L’année prochaine, ou la suivante, il faudra bien qu’il y ait des élections en Italie et alors avec tout le génie de nos technocrates desséchés, ce n’est pas 40% de voix que recueillera Salvini mais plus de 50 et alors véritablement l’Union Européenne sera en danger et elle l’aura bien cherché.
 
« S’il y a un principe fondamental dans la pensée moderne et le plus odieux et qui au fond nous suit depuis le début du XIXe siècle, c’est que ce qui est bon et ce qui est vrai sont deux choses forcément séparées. Je crois qu’en ce moment, ce qui est en train de s’effondrer, c’est ce principe. » René Girard
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle

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