Le charme est rompu : – 4 milliards$ pour 50 millions de plus

08 08 2019
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 Mon cher lecteur,
Voici une entreprise qui a perdu 4 milliards$ de capitalisation pour avoir voulu émettre 50 millions $ de nouvelles actions.
C’est-à-dire que pour avoir demandé 50 millions pour se développer, elle en a fait perdre 4 milliards à ses actionnaires. 
Normalement, quand une entreprise émet de nouvelle actions, il est normal que son cours baisse de manière proportionnelle : les actions existantes sont diluées et leur valeur avec.
Elle peut éventuellement décrocher si les investisseurs estiment que l’entreprise a besoin d’argent pour de mauvaises raisons.
Il est en revanche inquiétant que l’entreprise perde 80 fois la valeur émise. 
C’est ce qui est arrivé à l’entreprise Beyond Meat la semaine dernière.
Beyond Meat avait levé 240 millions de dollars début mai lors de son introduction en bourse.
C’est une somme considérable, mais rien n’est trop beau pour une entreprise du futur !
Les premières semaines furent délirantes, le cours s’envola.
À peine 3 mois plus tard, l’entreprise annonce vouloir lever 50 millions de dollars en plus via l’émission de nouvelles actions :  la nouvelle a douché les espoirs des investisseurs euphoriques. Pour 50 millions, les investisseurs de Beyond Meat ont perdu plus de 4 milliards de valorisation.

L’ère de la fausse monnaie

Dans le monde merveilleux de la finance de l’an de 2019, lorsque vous voulez lever 50 millions de vraie monnaie (qui servira à payer des salaires, des fournisseurs, des factures), vous détruisez 80 fois plus de fausse monnaie.
Car il s’agit bien de fausse monnaie qui n’existe que par le charme que les banques centrales ont jeté sur les marchés financiers.
Après tout, cela n’est que raison : si le cours de bourse d’une entreprise monte 80 fois plus que ses perspectives de gains dans la vie réelle, il est normal qu’il baisse d’autant lorsque ses coûts augmentent.
Le charme serait-il rompu ?
Beyond Meat, en français «  au-delà de la viande »  fait partie de ces entreprises qui sont en train de changer le monde de l’agro-alimentaire comme aucune autre depuis plus d’un siècle.
Pour un investisseur, il ne faudrait pas rater ça !

La révolution marketing de la viande végétarienne

Beyond Meat est spécialisée dans les substituts végétaux à la viande.
Cela fait déjà une bonne dizaine d’années qu’ils travaillent à créer un faux steak haché végétal au goût identique au bœuf.
C’est aujourd’hui chose faite selon eux. Vous trouverez d’innombrables vidéos en ligne montrant des gens croquer dans un gros hamburger avec un faux steak vous déclarant qu’ils n’auraient pas fait la différence.
Imaginez : plus besoin d’élever de manière industrielle des milliards de vaches et de poulets, plus de souffrance animale, plus de maltraitance, plus de pollution sans même avoir besoin de renoncer à son bifteck !
 
Bill Gates, lui-même, a été séduit : il a personnellement investi dans le projet. Pourquoi pas vous ? Cela mérite de s’intéresser de près au sujet, non ?
Et c’est ce qu’ont fait deux entreprises : Beyond Meat qui nous intéresse aujourd’hui et Impossible Foods, son concurrent.
Les deux entreprises ont levé plusieurs centaines de million de dollars (plus de 700 millions pour Impossible Foods) et travaillé pendant près de 10 ans sur le sujet. Il s’agit d’un investissement considérable.
Imaginez tout ce que l’on peut faire avec plus d’un milliard de dollars ! Beyond Meat et Impossible foods ont eu besoin de tout cet argent pour créer un hamburger végétarien qui fasse illusion.
C’est-à-dire qu’en noyant leur faux steak haché dans une profusion de sauce, du fromage fondu (ou un substitut), des tomates, de la salade et deux tranches de pain : vous pouvez faire illusion.
Il y a à côté de mon bureau un fast-food dont la moitié des hamburgers sont végétariens. Les substituts varient. Cela peut-être des galettes de soja, de pois-chiche ou de tomates, cela n’a pas exactement le goût de la viande mais ces sandwichs sont délicieux, parfois meilleurs que leurs équivalents en chair et en sang. Au moins la palette des goûts et des textures s’élargit considérablement pour le plaisir de nos papilles.
Ils n’ont pas eu besoin de 700 millions de dollars (de quoi faire travailler 1 000 personnes pendant dix ans, y compris les locaux et le matériel). Ils n’ont pas eu besoin de mélanger des ingrédients hautement transformés en laboratoire dont nous ne connaissons pas encore l’incidence sur notre santé et même sur l’environnement une fois qu’ils seront produits à grande échelle.
Et de toute manière, ce n’est pas pour le goût que les gens veulent de la viande, en tout cas ceux qui ingèrent un des 2,5 milliards de hamburgers vendus par McDonald’s chaque année.

La fausse viande au secours de la mauvaise ?

Ce n’est même plus pour l’apport en protéines qui permet de préparer, ingérer et digérer les calories nécessaires à notre mode de vie urbain en un temps record.
Non les gens consomment de la viande, rouge en particulier, pour le statut social et par habitude. Pour de nombreuses familles autour du monde, France y compris, McDonald’s est le meilleur restaurant que l’on puisse se payer de temps en temps en famille. Et ils ne sont pas encore prêts à troquer leur mauvais steak pour un bon gratin de carottes.
Bien sûr, c’est en train d’évoluer. Bien plus vite que nous pensons et sans l’aide des entreprises comme Beyond Meat. Car au fond, Beyond Meat ne répond pas à la question fondamentale.
Oui, le hamburger a supplanté le jambon-beurre dans le déjeuner des français mais la prochaine tendance est déjà en train d’émerger. 
Quand vous vous promenez dans les rayons des supermarchés de luxe comme la Grande Épicerie du Bon Marché à Paris vous ne voyez pas des vendeuses en blouse blanche vous faisant goûter les dernières innovations de la science : vous voyez des produits naturels, de terroir, peu transformés élaborés à partir d’ingrédients de grande qualité, des fruits et légumes bio aux prix délirants mais à la maturité parfaite, des pains traditionnels réalisés avec des levains et des farines anciennes.
Le hamburger est déjà sur la pente descendante. Le chiffre d’affaires de McDonald’s est en baisse constante depuis 2013. Il n’y a plus de nouveau marché à conquérir, les anciens sont en perte de vitesse. À vrai dire, c’est tant mieux !

Le mirage asiatique

Bien sûr les galettes de Beyond Meat sont tournées vers la Chine et l’Asie dont la consommation de viande augmente. Mais elle est loin « d’exploser » : les transitions démographiques y sont finies, la croissance ralentit sérieusement. Et combien de temps encore l’Amérique exercera-t-elle une fascination sur les Chinois avant qu’ils ne préfèrent célébrer leur culture plutôt que celle d’un partenaire déloyal à leurs yeux ? Ils feront avec Beyond Meat ce qu’ils ont fait  à Google, Facebook et Amazon : ils leur interdiront leur marché et feront émerger un concurrent de taille mondiale.
Sans doute aurez-vous du succès si vous faites mordre quelques stars de cinéma bien choisies dans ces hamburgers. Mais pourquoi avoir dépensé tout cet argent dans une recette dont tout le monde se moque, puisque c’est de statut social dont il s’agit, de rareté relative.

Les chiffres ne collent pas

Prenons le point de vue de l’investisseur. Beyond Meat a une valorisation de 10 milliards de dollars à l’heure où j’écris ces lignes. En sachant que l’entreprise n’a jamais dégagé un bénéfice, combien faut-il vendre de faux-steaks pour rentabiliser ces 10 milliards de dollars ?
 
Mettons que McDonald’s passe un grand accord mondial avec Beyond Meat et remplace tous ses steaks par leur alternative végétarienne. McDonald’s vend 2,5 milliards de hamburgers chaque année. Selon les estimations faites à partir de leur hamburger le plus populaire, le Big Mac, la viande coûte environ 10 centimes aux États-Unis. Mais ne soyons pas pingres et mettons que la viande coûte 20 centimes. Cela vous donne une idée de la structure de prix si vous voulez vraiment conquérir le monde : vous ne le ferez pas avec un steak qui coûte 3$.
Nous sommes dans l’agro-alimentaire, secteur très concurrentiel de marges faibles mais mettons que Beyond Meat fasse 25% de marge sur chaque hamburger, c’est-à-dire 5 centimes, soit 125 millions de bénéfices par an. Il leur faudrait 80 ans pour rembourser leur capital au cours actuel. 
Et encore, il reste à trouver l’argent pour construire les usines, sécuriser les approvisionnements, faire de la publicité… Tout cela coûte un pognon de dingue et l’entreprise n’a pas commencé à faire un bénéfice mais déjà dépensé des centaines de millions de dollars.
Le capital investi aujourd’hui dans Beyond Meat ne sera JAMAIS rentable, c’est une certitude. C’est pour cela que l’argent investi dans Beyond Meat est de la fausse monnaie : personne ne mettrait les économies d’une vie là-dedans. Cet argent a été créé ex nihilo par les banques centrales, et il faut bien qu’il aille quelque part en attendant d’être détruit.

Pas le monde de demain, celui d’hier qui refuse de mourir

Peut-être est-il temps de préciser que Bill Gates, qui a investi dans Beyond Meat, est un grand client de… McDonald’s. Il aime tellement le fast food américain qu’il détient avec Warren Buffet une carte de fidélité spéciale qui lui permet de déjeuner gratuitement et à vie dans tous les restaurants de la chaine autour du monde.
Mais Monsieur Gates se rend bien compte que si tout le monde se met à manger des hamburgers au déjeuner et au dîner, cela cause un certain nombre de problèmes, qui sont d’ailleurs déjà là.
Beyond Meat finalement, ce n’est pas le progrès, ce n’est pas le monde de demain, c’est celui d’hier qui refuse de mourir jusqu’à l’absurde.
Le hamburger a remplacé le jambon-beurre mais il refuse lui-même d’être remplacé par une alternative plus adaptée à notre temps et à nos environnements. Et pour cela, des gens sont capables d’investir des milliards de dollars et mobiliser des ressources considérables.
Bien sûr Beyond Meat n’est qu’un exemple parmi tant d’absurdités que nourrissent les marchés financiers. 
Cette absurdité va permettre à Bill Gates et quelques banquiers bien placés de faire une plus-value monumentale. Mais cette plus-value ne sera pas faite sur les profits d’une entreprise innovante mais sur les pertes des investisseurs subséquents.
Vous connaissez ma recommandation : sauf exception, n’achetez pas une action en bourse maintenant.
C’est transformer la sueur de vos économies en fausse monnaie.
Ma recommandation est bien moins VIP, elle est terre-à-terre, validée par 5 000 ans d’expérience. Contre la folie des marchés, des banques centrales et des États, l’or est souverain.
À votre bonne fortune,
Guy de La Fortelle

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