La pièce de monnaie la plus étrange

01 11 2018
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Regardez-bien l’image ci-dessous.
 
Si j’ai bien fait mon boulot, elle est sur le point de changer complètement votre manière d’envisager l’argent. Et cela pourrait vous aider à naviguer mieux que tout le monde dans la crise qui arrive. Cette lettre est encore plus importante qu’elle n’est amusante. Vous allez voir…
 
Ceci est un « rai ». C’est une pièce de monnaie :
 
Cette pièce a une particularité. Un record même.
 
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Essayez de deviner.
 
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Ce n’est pas la pièce la plus vieille du monde.
 
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Ce n’est pas non plus la plus solide ou la plus rare.
 
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Cette pièce de monnaie est la plus grosse du monde.
 
 
Elle mesure 3m50 de diamètre et pèse une bonne quinzaine de tonnes (mais personne ne sait exactement car elle n’a pas bougé de son emplacement depuis plusieurs siècles).
 
Excusez-moi j’ai un peu triché. Voici l’image originale :
 
 

La pièce de monnaie la plus grosse du monde…

C’est très sérieux, cette pierre est une pièce de monnaie, la plus grosse parmi beaucoup d’autres « rai ».
 
Elle ne sert certes pas à acheter du pain. Elle est en revanche un moyen de paiement encore utilisé de nos jours pour des transactions importantes.
 
Ces pierres sont bien connues des numismates et des économistes qui s’intéressent aux monnaies.
 
Elles proviennent de l’île de Yap, ici :
 
 
Yap est une de ces îles perdues au milieu du pacifique et distantes entres elles de centaines de kilomètres.
 
La particularité de Yap est de n’être riche d’aucun métal mais des meilleurs marins du monde.
 

… au service d’un empire

Yap était à la tête d’un empire insulaire qui s’étendait sur 2 800 kilomètres d’océan à une époque où Christophe Collomb marchait encore à 4 pattes.
 
2 800km, c’est la distance qui sépare l’Amérique du Sud et l’Afrique. Et ils administraient ce territoire large comme l’Atlantique à l’aide de pirogues auxquelles vous ne feriez pas confiance pour traverser le lac Léman par une belle journée de brise printannière.
 
Tout ça pour vous dire qu’à Yap, ce ne sont pas des imbéciles heureux s’amusant à payer leur baguette avec des piècettes de 15 tonnes.
 
Les rai étaient au contraire un instrument d’échange essentiel à l’administration de leur petit empire, même si elles ne quittaient jamais Yap.
 
Si vous visitez un jour l’île de Yap, vous découvrirez des milliers de rai plus ou moins gros le long des chemins. Ils ont l’air abandonné. Pourtant ils ont tous un propriétaire, et comme je vous le disais, ils sont toujours en « circulation » de nos jours.
 
Dans chaque village, les habitants savent tous à qui est chaque rai. Les transactions sont publiques et ils ne prennent même pas la peine de déplacer les pierres, il suffit que chacun sache que le propriétaire a changé et autant vous dire que personne ne vole ces cailloux, tous différents, et pesant plusieurs tonnes chacun.
 
C’est un système extrêmement sûr qui repose sur la convention que ces pierres ont de la valeur.
 
Vous pourriez vous dire que les pierres c’est pour le folklore et qu’au final cela fonctionne comme un registre oral qui se transmet de génération en génération : vous pourriez noter sur un registre les propriétés de chacun ou remplacer les pierres par des pièces de taille « normale » ou des billets. Cela n’enlèverait que le folklore et ce ne serait plus très différent de votre relevé de compte ou de vos euros.
 
Il n’y a d’ailleurs pas tant de différence entre ces pierres qui s’échangent sans bouger et les tonnes d’or qui constituaient, il y a 50 ans encore, les réserves de la France que nous achetions et vendions entre États, sans qu’aucun lingot ne bouge jamais de son coffre.
 
Revenons maintenant aux pierres en elles-même.
 
Pourquoi ?
 
Pourquoi ces gens ont-ils fabriqué des pièces de 15 tonnes ??
 
 

Ces pièces de monnaies de 15 tonnes, c’est très pratique (et comment ils en sont arrivés là)

 
Tout commence avec la conquête de Palau, île à 200km de Yap. Les conquérants y découvrent une roche inconnue à Yap, riche en aragonite. L’aragonite est un cristal qui a les mêmes reflets qu’une perle : c’est beau.
 
Les Yapais sont séduits par cette pierre inconnue jusqu’alors.
 
Ils décident d’en rapporter dans leur île.
 
La forme circulaire percée d’un trou est choisie pour permettre le transport et la manipulation des pierres (toute ressemblance avec une pièce de monnaie est fortuite).
 
Précision importante, à aucun moment quelqu’un s’est dit : et si on en faisait une monnaie ?
 
Une fois rapportées à Yap, il faut bien avouer que ces pierres ne servaient pas à grand chose mais elles étaient belles et rares alors les habitants leur ont accordé de la valeur.
 
Petit à petit, des expéditions ont été menées afin d’en rapporter d’autres. Les habitants ont commencé à se les échanger. Cela a peut-être pris un siècle, sans doute plus.
 
Si elles se sont installées comme monnaie dans la durée c’est parce qu’elles constituait le meilleur système.
 
C’est un point important. Les monnaies sont quelque chose, si ce n’est de naturel, de très fortement ancré dans les habitudes humaines. Elles se mettent en place naturellement : cigarettes en prison, billes dans les cours de récré… Vous n’avez pas besoin d’une banque centrale pour établir une monnaie ou une proto-monnaie.
 
La raison pour laquelle les rai ont pris le statut de monnaie, c’est parce qu’ils étaient le système le plus stable avec juste ce qu’il faut de flexibilité.
 
En effet, si vous voulez produire des rai, vous devez commencer par aller jusqu’à l’île de Palau. Là-bas, vous devez extraire puis tailler la pierre. Et surtout — et c’est-là que cela devient un exploit— vous devez rentrer avec la pierre !
 
Imaginez un caillou de 15 tonnes — c’est-à-dire le poids de 3 éléphants — arrimé sur une pirogue comme celle-là :
 
 
La valeur des rai était littéralement dans la difficulté à les rapporter à Yap.
 
Et c’est d’ailleurs vrai pour toutes les monnaies.
 
Si une monnaie se produit facilement, alors il se trouvera des gens pour la produire en quantité jusqu’à ce que la monnaie ne vaille guère plus que son prix de production.
 
Et cela vaut aussi dans une situation de monopole… Il se trouvera toujours un roi pour en profiter.
 
C’est encore une loi de la nature.
 
Ainsi, tant que l’économie et les échanges sur Yap sont stables ou décroissants, les rai sont stables ou perdent de leur valeur. Il n’y a donc pas d’intérêt à aller s’embêter à en chercher d’autres.
 
En revanche, si l’économie et les échanges se mettent à croître, alors la demande en rai augmente ainsi que sa valeur et il y a un intérêt à se déplacer en chercher d’autres. Ainsi la monnaie suit naturellement l’expansion économique sans qu’il y ait besoin de taux directeurs ou d’interventions de banques centrales.
 
Le point important est de comprendre que la valeur des rai est dans l’effort à fournir.
 

Nos rai à nous

Vu comme cela, la création monétaire actuelle n’est pas si différente.
 
Dans notre système, ce sont les banques commerciales qui créent la monnaie. Elles créent la monnaie à chaque fois qu’elles accordent un crédit.
 
C’est encore un point très important. Quand la banque vous prête de l’argent, elle ne vous prête pas une somme qu’elle a en dépôt d’un autre client. Elle crée l’argent spécialement pour vous sous la forme d’une ligne dans son grand livre. C’est un simple jeu d’écriture.
 
Beaucoup de gens trouvent cela difficile à comprendre ou alors outrancier.
 
Mais ce n’est pas bête du tout.
 
La valeur d’une monnaie dépend en bonne partie de l’effort nécessaire pour la produire.
 
Quand la banque vous prête de l’argent, vous vous engagez à fournir un effort pour rembourser cet argent, a priori par votre travail.
 
D’une certaine manière, la création monétaire actuelle permet de vous affranchir de la peine totalement inutile de transporter des machins de 15 tonnes sur des centaines de kilomètre et des pirogues de bois. alors tant mieux.
 
Mais vous aurez sans doute noté une différence notable.

Le problème avec la création monétaire actuelle

Avec les rai, vous avez fourni l’effort avant. Et si vous avez échoué, l’argent n’aura tout simplement PAS été créé.
 
Avec la création monétaire par le crédit, l’argent est créé d’avance et si vous échouez à fournir l’effort et donc à le rembourser, vous faites faillite et l’argent créé d’avance est détruit (à moins que l’on vous en prête encore plus pour vous refaire).
 
Dans le système de crédit, l’argent se crée mais se détruit également. Et le cycle complet est très important pour la stabilité du système, pour que la masse d’argent en circulation reflète toujours l’activité économique et éviter les maux de l’inflation ou de la déflation.
C’est l’explication monétariste des cycles économiques par la création monétaire puis la destruction du surplus. 
Depuis 2008, les banques ont créé des dizaines de milliers de milliards de dollars d’argent avec la fausse promesse en retour d’un effort à venir pour justifier cette création.
 
Ce retour n’est pas venu. On a appelé la croissance comme on appelle la pluie avec un bâton. La croissance n’est pas venue.
 
  • Les banques prêtent 4 milliards de dollars par an à Tesla pour inventer la voiture électrique du futur. Il se trouve que Tesla échoue dans les grandes largeurs et se fait doubler par les Allemands qui préparent bien mieux, pour bien moins cher.
 
  • Les banques ont prêté 50 milliards d’euros à Patrick Drahi et son groupe Altice pour faire du cost killing dans les télécoms. Ils ont tellement coupé les coûts chez SFR que les clients se sont mis à fuire. Altice a été obligé de réinvestir massivement dans SFR… En opposition avec la raison même pour laquelle les banques avaient prêté. Encore un échec en suspens..
 
  • Les banques se sont prêtées encore plus à elles-mêmes pour refinancer leurs énormes fautes qui ont amené la crise de 2008. Et c’est encore un échec.
 
Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres.
 
La seule raison pour laquelle ces sociétés existent encore, c’est parce qu’on leur prête toujours plus d’argent à taux bas, comme au joueur compulsif qui joue à crédit et double sa mise à la roulette tant qu’il perd…
 
Nous arrivons dans une phase de destruction monétaire massive et inéluctable.
 
Les banques centrales ont déjà repoussé la purge jusqu’à l’extrême limite.
 
Normalement, dans un système équitable, chacun devrait perdre selon son risque et selon son comportement.
 
Mais ce n’est pas ce qui se passe.
 
Aucun grand banquier n’a été en prison après 2008 (sauf en Islande).
 
Les milliardaires à la tête d’entreprises surendettées sont plus riches que jamais et n’ont pas l’intention de payer l’addition.
 
Et pourtant cet argent va bien devoir être détruit au risque de détruire la monnaie toute entière qui n’est que pure convention et confiance.
 
Cet argent aujourd’hui est logé sur le marché obligataire, en bourse, dans l’immobilier, mais aussi sur le marché de l’art et du luxe.
 
Si vous avez une assurance vie, vous êtes en plein dedans, même si c’est un fonds euro.
 
Ce n’est pas pour rien que des lois ont été passées depuis deux ans pour permettre le gel de votre assurance vie et la ponction de votre compte en banque en cas de faillite.
 
Des banques vont faire faillite. Des assureurs aussi. Sans doute des gros.
 
Vos avoirs seront gelés ou strictement contrôlés, le temps de compter les pertes et de les répartir. C’est toujours comme cela que cela se passe.
 
Alors cela ne veut pas dire qu’il faut vous précipiter pour fermer votre compte en banque.
 
En revanche, il est urgent de vous rendre liquide :
 
  • Ré-allouez une partie de vos placements (assurance vie) en cash, c’est-à-dire en sur votre compte courant et en espèces ;
 
  • Sortez une partie vos économies du sytème bancaire pour de l’or physique et un peu de cryptomonnaies. L’or est l’assurance ultime contre les crises n’oubliez pas que les biens de première nécessité s’échangent contre des pièces d’or et d’argent pendant les crises ;
 
  • Sortez une partie vos économies de l’Euro. Détenez des devises étrangères. Une nouvelle crise souveraine arrive dans laquelle la survie de la monnaie unique sera en jeu.
 
  • Investissez dans le réel, dans le nécessaire, dans des sociétés en direct, en dehors des marchés, regardez autour de vous. faites parler ceux qui créent des entreprises autour de vous, jeunes ou moins jeunes. Il n’y a pas besoin d’être business angel pour investir dans une start up ou une PME.
 
Ce dernier point n’est pas une manière de vous rendre liquide à proprement parler mais c’est une stratégie complémentaire.
 
À votre bonne fortune,
Guy, L’investisseur sans costume.

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