Les assureurs n’ont plus confiance dans la dette de la France

12 02 2026
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Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
 
L’assurance-vie est le placement financier préféré des Français pour trois raisons :
 
  • Elle constitue une bonne partie de notre épargne de précaution, la plus importante, celle qui doit être mobilisable à tout moment en cas de coup dur et que nous ne pouvons pas placer dans des investissements risqués.
 
  • L’État a bien compris l’intérêt de cette épargne et a réussi à la capter par défiscalisation depuis la fin des années 1980 pour financer l’explosion des déficits publics.
 
  • Il a pu s’appuyer sur le réseau des copains banquiers et assureurs. C’est l’héritage des nationalisations : nous avons en France des fonctionnaires à la tête de nos banques qui ont pour seconde particularité d’être « universelles » et de proposer aussi bien fonds d’investissement qu’assurances à leurs clients de détail… Il y a donc en France une structure très homogène, quasi monopolistique et peu regardante du droit, qui a également très bien compris son intérêt et s’est engouffrée dans la brèche pour prélever une forêt de frais très juteux.
 
Sauf qu’il y a un problème : Depuis la crise de 2007 suivie de celle des dettes souveraines en Europe et l’effondrement des taux en territoire négatif, toute cette mécanique bien huilée s’est grippée.
 
Pour le dire de manière crue : Nous avons fini par nous apercevoir que les dettes souveraines réputées sans risques ne l’étaient pas tant que cela… Et mettre un produit d’investissement risqué dans une enveloppe garantie est une très, très mauvaise idée.
 
Quand je parle de risque, il y a évidemment le risque d’un défaut, mais le yoyo des taux actuel en est également un. Les assureurs le savent bien, eux qui ont leurs comptes remplis d’obligations héritées des taux négatifs dont plus personne ne veut… Vous y compris (j’y reviens).
 
Si nous avions été sérieux, les banques et les assureurs auraient débrayé et ils auraient géré une baisse d’encours pour un produit qui n’était plus adapté au temps.
 
Que nenni, mon cher lecteur !
 
Croyez-vous que nos chers banquiers et assureurs auraient renoncé à une telle manne ou seulement accepté que l’on rebatte les cartes ?
 
Ils ont préféré jouer avec votre épargne à coup de marketing financier en vous poussant de mauvaises Unités de Comptes sursaturées pour remplacer le Fonds Euros obsolète.
 
J’en veux pour preuve qu’en France, les contrats d’assurance vie les plus souscrits sont aussi les plus mauvais, avec des rendements médiocres, des frais insensés et des possibilités d’investissements qui tiennent parfois sur un ticket de métro. C’est bien que la concurrence ne fonctionne pas sainement.
 
Il y a une autre preuve du dysfonctionnement radical de nos assurances vie : La Provision pour Participation aux Bénéfices.
 
Si vous ne connaissez pas déjà la Provision pour Participation aux Bénéfices, c’est le temps d’y regarder un peu : Elle me fait hurler dans ces pages depuis 2019 et cela ne s’améliore pas avec le temps.
 
L’infâme PPB est une réserve que constituent les assureurs pour lisser vos rendements.
 
Le principe est simple : au lieu de vous verser tout votre rendement, l’assureur en met une partie de côté pour lisser ses taux et surtout encaisser un problème de liquidité. Il est obligé de vous les retourner sous 8 ans… Mais collectivement, pas personnellement. 
 
Sur le principe, c’est une excellente chose sauf que les assureurs la détournent pour trois mauvaises raisons qui font qu’elle ne sera sans doute plus là le jour où nous en aurons véritablement besoin :
  • Ils utilisent cette réserve pour appâter leurs meilleurs clients… Avec votre argent : Ils donnent un meilleur rendement au fonds euros si vous prenez en plus leurs unités de compte surfacturées. Cette différence de traitement est uniquement possible en reversant plus de PPB aux uns qu’aux autres (ce que la loi permet malheureusement). Vous vous faites donc détourner une partie de votre rendement comme appât à pigeon.
 
  • Ils utilisent aussi cette réserve pour vous fournir un meilleur rendement que la réalité de leurs fonds saturés en obligations issues de l’époque des taux négatifs : Ils vous gardent captifs en gonflant faussement leurs rendements. C’est ainsi que ces réserves ont fondu de 69 milliards en 2021 à 52 en ce début d’année.
 
  • Et en plus de cela, ils ont réintégré la PPB à leurs fonds propres depuis Noël 2019. C’est votre argent que les assureurs détournent à LEUR profit. Et évidemment, vous faites cela gratis alors que ces fonds propres sont normalement rémunérés 8 à 9 % !
 
 
Et tout cela se passe aujourd’hui alors que nous ne sommes plus capables de faire un budget en France et que le risque de défaut souverain ne peut absolument plus être exclu et encore moins celui d’une remontée des taux bien plus radiclae. Nous vidons notre PPB au moment où elle devrait être pleine.
 
Et si vous pensez que je divague à imaginer un défaut français : les assureurs pensent pareil.
 
La France est en train de devenir un emprunteur de second rang et les gérants de fonds en euros se détournent massivement des obligations souveraines françaises. La part de la dette tricolore dans la poche des obligations d’État a chuté de 63,9 % à 56,3 %. Les assureurs français ne détiennent plus que 9,8 % des titres de dette négociables, contre un poids bien supérieur il y a quelques années.
 
Les assureurs préfèrent désormais les obligations d’entreprise — 53,4 % des allocations contre 50,7 % en 2023.
 
Les assureurs préfèrent désormais la sécurité d’un grand groupe mondialisé à celle de la France, officiellement 7e PIB mondial. 
 
À bon entendeur !
 
Il n’appartient qu’à nous de ne pas être les dindons de cette farce. C’est la raison pour laquelle nous ferons un point complet sur l’assurance vie et son alternative ce soir à partir de 20 h. Le rendez-vous est accessible gratuitement sur inscription EN CLIQUANT ICI.
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle


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