Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
Il ne fait pas de doute que la capture de Nicolas Maduro en pyjama à 2 heures du matin est un tour de force remarquable.
En quelques minutes, l’armée américaine a réussi à neutraliser les défenses anti-aériennes et les réseaux de communication stratégique. Les forces Delta ont cueilli le président vénézuélien dans sa chambre après avoir éliminer toute sa garde personnelle. Il n’a même pas eu le temps de descendre à son bunker.
La dernière fois qu’un président américain avait voulu faire la peau à un collègue sud-américain, c’était il y a près de 40 ans, en 1989 — La date n’est pas anodine, j’y reviens. Bush senior avait dû mobiliser près de 30 000 hommes pour courir derrière Noriega pendant 15 jours dans l’étroit couloir du Panama… Pays 10 fois plus petit que le Venezuela. Il avait fini par l’extirper de l’ambassade du Vatican… En l’assourdissant de musique rock et metal.
Ici, quelques dizaines d’hommes et 2 heures à peine auront suffi à capturer le méchant héritier de la révolution bolivarienne en laissant une question stratégique en suspens :
À quel point les États-Unis ont-ils bénéficié de soutien de l’intérieur ?
La facilité avec laquelle ils ont réalisé l’opération sans s’attaquer à l’armée ni même aux structures de pouvoir laissent envisager une collaboration étroite avec le sommet du pouvoir.
Selon l’ordre de continuité du pouvoir, Maduro a été remplacé par sa vice-présidente Delcy Rodriguez, une dure du régime : Elle est sous sanctions dans à peu près tous les pays occidentaux.
L’armée vénézuélienne se tient sur la défensive tout comme la Chine, premier créancier du pays qui entend préserver son approvisionnement en pétrole.
Maduro est parti, Donald Trump affirme que les États-Unis vont administrer le pays et Delcy Rodriguez semble s’en accommoder fort bien.
Bravo !
À quoi bon ?
Bravo… Mais à quoi bon ?
Évidemment, le Venezuela ne pèse RIEN contre les États-Unis.
Évidemment la « communauté internationale » ne pèse pas plus.
Il aura certes fallu moins de 48 heures pour nous rendre compte que le prétendu cartel de la drogue de Maduro existait autant que les armes de destruction massives en Irak…
En un quart de siècle, la seule différence est la rapidité avec laquelle les mensonges sont levés qui n’a d’égale que le cynisme avec lequel chacun les accueille et contorsionne.
Même les autres pays d’Amérique du Sud qui ont bien senti le vent du boulet n’y pourraient pas davantage s’ils n’avaient le seul allié de taille : la Chine.
Le jour où la Chine… Est arrivée
La Chine est le premier créancier étranger du Venezuela, capte directement ou indirectement 70% de la maigre production de pétrole du pays sous embargo et ne laissera pas la place aux États-Unis sans que cela se paie d’une manière ou d’une autre.
RIEN n’est gagné pour les États-Unis au Venezuela.
Tout va se jouer, ou plutôt se payer dans les prochaines semaines et nous pourrons en déduire le véritable poids de ce coup de force sur le temps long : À quel point il aura accéléré les tensions géopolitiques.
Quel sera le prix réel de quelques millions de barils et un sursis électoral aux midterms américaines qui arrivent ?
N’oublions pas que la politique étrangère n’est que le prolongement de la politique intérieur.
Par delà bien et mal
Il ne s’agit pas ici de savoir qui de la force ou du droit va l’emporter. La question est puérile.
Qui peut légitimer un tel coup par idolâtrie de la force ou le condamner par légalisme forcené ? Les résistants et maquisards que nous portons au Panthéon étaient hors-la-loi dans la France de Vichy. Ils le seraient encore si l’Allemagne avait gagné la Seconde. Et Napoléon aux Invalides a bien fait le sien… De coup.
Allons-nous pour autant jeter toutes nos règles à la poubelle pour ne garder que la loi du plus fort ? Évidemment non.
Quand des parents apprennent à leur enfant à ne pas mentir, ils le font peut-être par amour du bien, beaucoup moins par volonté de puissance ou légalisme… Ils le font surtout pour s’éviter des années infernales plus tard… à l’adolescence et après.
Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles… Les États-Unis feraient bien de se le rappeler !
Si toutes les sociétés dans le monde répriment le mensonge, c’est parce que toutes les autres ont disparu.
La morale est d’abord de la survie à long terme. Ce sont les règles que l’on ne peut apprendre par l’expérience avant d’en payer les conséquences mais qu’il nous faut bien tenter de nous transmettre entre générations. C’est évidemment bien plus mais c’est déjà un début face l’inanité médiatique.
Je parle du mensonge à dessein. Selon le psychologue Jordan Peterson, le mensonge est un trait de personnalité qui se développe d’autant plus tôt et plus fort que les enfants ont un QI élevé : Cela permet d’obtenir des gratifications immédiates, que ce soit des bonbons ou pire… Tout en évitant punitions et humiliations. Si le mensonge apporte donc un avantage comparatif, il devrait être un élément de sélection naturelle, il devrait devenir un trait dominant : Pourtant, toujours selon Peterson, toutes les sociétés dans le monde répriment le mensonge…
C’est que la gratification immédiate est bien plus faible que le coût à long terme qui est la perte de confiance de ses proches.
À une femme qui avait confessé un péché de calomnie au curé d’Ars, celui-ci avait donné comme pénitence de plumer un poule et d’en disperser les plumes en haut d’une colline un jour de grand vent… Puis de toutes les ramasser. Il suffit d’un instant pour calomnier mais il faut une vie entière pour en réparer les effets. Il en va de même pour les sociétés.
La question centrale à mon avis est la suivante : Le coup américain renforce-t-il leur puissance à long terme en Amérique du Sud et plus largement dans le monde auprès des autres puissances ou bien ce coup fragilise-t-il la position américaine ?
Notre XXIe siècle est un miroir du XXe : Tout est inversé
Assistons-nous au retour de la main de fer de la Pax Americana en Amérique du Sud ou au contraire à sa contestation ?
Mon avis est que ce coup va être profitable aux États-Unis à court terme et destructeur à long terme, c’est-à-dire à 10 ans. Mais cela Trump s’en fiche éperdument.
J’aime à répéter que notre XXIe siècle est un miroir du XXe. Le XXe siècle a commencé par la guerre en 1914 et fini par la paix en 1991… Notre XXIe siècle a commencé dans la paix en Occident et finira dans la guerre.
La guerre froide du second XXe siècle a pour miroir aujourd’hui une autre guerre froide dont un épisode vient de se jouer au Venezuela mais cette fois en voie de réchauffement avec le retour de conflit conventionnels meurtriers comme l’on voit en Ukraine.
La dernière fois que les États-Unis étaient intervenu de la sorte en Amérique du Sud pour Noriega, nous étions à la veille de la chute de l’URSS.
Quand la Révolution Bolivarienne a éclaté en 1998 avec l’élection de Chavez, la situation était très différente : Il n’y avait plus d’URSS, pas encore de Chine. Il n’y avait pas de puissance pour exploiter ce changement de régime hostile aux États-Unis.
Cela n’a pas empêcher Washington de financer la tentative de coup d’État de 2002 contre Chavez. Chavez lui-même se rendit mais les manifestations monstres qui s’en suivirent et l’amateurisme du remplaçant de quelques heures firent chavirer l’armée, la tentative fut avortée et Chavez libéré en héros.
Maduro n’est pas Chavez et les rues restent désespérément vides à Caracas. Mais sans doute, le souvenir de cette débâcle a-t-elle incité les États-Unis à laisser le pouvoir en place sous une coupe réglée par la menace du même sort que Maduro… Voire pire.
Mais cette fois, la Chine est dans la place.
Quelle mesures de rétorsions Pékin va-t-il prendre ?
Comment Trump va-t-il payer son coup de force ?
Nous pouvons esquisser quelques pistes :
- Le levier le plus évident de la Chine contre les États-Unis sont les terres rares ;
- Ils pourraient aussi attaquer le dollar sur le marché des changes alors que les États-Unis font face à un mur de la dette cette année ;
- Ils pourraient accélérer les pressions pour dédollariser les échanges en pétrole, notamment avec l’Arabie saoudite qui mange opportunément à tous les râteliers et plus largement ;
- Pékin pourrait redoubler son soutien aux autres BRICS, en particulier en Amérique du Sud.
Alors que les dizaines d’intervention des États-Unis en Amérique du Sud au XXe siècle étaient l’expression de leur puissance, cette nouvelle intervention en miroir aujourd’hui est un signe de leur fragilité : Fragilité du Dollar, façon dinosaure devenu trop gros pour survivre, de leur dépendance au pétrole, du déclin de leurs réserves de schistes, de l’appauvrissement de la société américaine dont l’espérance de vie recule.
Demain nous parlerons du danger de la synchronisation des troubles financiers et géopolitiques
Je vous le disais dans ma dernière lettre : le danger de ce début d’année réside dans la synchronisation des troubles géopolitiques et financiers.
Nous en parlerons demain soir à partir de 20h ICI, inscrivez-vous sans plus tarder EN CLIQUANT ICI, nous sommes déjà 750 !
À votre bonne fortune et à demain !
Guy de La Fortelle
PS : La tension est toujours forte sur le Dollar depuis le coup de chaud qui a forcé la Fed américaine a intervenir sur les marchés en plein réveillon. Nous ferons le point demain.
