ORMUZ est « rouvert » : Les prix flambent…

28 10 2026
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 Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
 
Dans un message publié hier, le commandement central américain — Centcom — a affirmé avoir aidé au passage d’Ormuz d’1,5 milliard de barils « depuis l’été » et 3 000 navires commerciaux en 6 mois, soit une moyenne de 16 navires par jour et plus de 10 millions de barils… Soit la moitié des volumes d’avant-guerre et même davantage ces dernières semaines. Selon le Wall Street Journal, davantage de pétrole est exporté par les pays du Golfe qu’avant-guerre !
 
Pourtant, ce matin le baril de pétrole coûte plus de 115$ le baril, bien loin des 70$ d’avant-guerre, et les stocks continuent de baisser.
 
Les militaires aussi sont en campagne alors que les élections de mi-mandat auront lieu mardi 3 novembre prochain.
 
Le pétrole coule mais les prix flambent : Où est le problème ?
 
C’est un mélange de comptabilité créative et surtout invérifiable tant elle est vague et du coût prohibitif que coûte le passage.
 
Tension extrême avant les élections : Tout va pour le mieux, madame la marquise, la maison brûle.
Si vous lisez une partie de la presse, tout va presque bien. Donald Trump le répète, Kpler le justifie et le Wall Street Journal l’amplifie : il sortirait plus de pétrole du golfe Persique aujourd’hui qu’avant la guerre, et l’Iran « invente de fausses frappes, des mines et tout le reste » pour faire monter le baril avant les élections de mi-mandat. Ce dimanche encore, sur Fox News : « Nous contrôlons désormais le détroit d’Ormuz. Nous obtenons tout, eux n’obtiennent rien »… Sauf des prix qui baissent.
 
Si vous lisez l’autre partie, c’est l’apocalypse. Octobre est déjà le mois record des attaques contre des navires depuis le 28 février : 28 attaques confirmées ou signalées selon le Washington Institute. Et pour la première fois, un navire a coulé dans le détroit. Heureusement, ce n’était pas un pétrolier mais un porte-conteneurs, le GFS Pride… Mais au moment où j’écris ces lignes, nous apprenons que du pétrole s’échoue sur les plages omanaises. Un pétrolier aurait touché une mine.
 
Le pétrole passe mais les prix continuent de monter et les stocks continuent de baisser
 
Le Golfe exporterait à nouveau autant de brut qu’avant la guerre… Et même davantage. Kpler est la source derrière ce chiffre : au moins 24 millions de barils par jour ont quitté la région la semaine du 18 octobre, hors Iran, soit davantage que le niveau d’avant-guerre à 23,3 mbj.
 
Mais il faut regarder comment ces barils sortent. 40 % de ces volumes ne passent plus du tout par le détroit : ils empruntent l’oléoduc est-ouest saoudien jusqu’à Yanbu, sur la mer Rouge, ou l’oléoduc émirien jusqu’à Fujairah. Avant la guerre, ce contournement ne pesait que 17 %.
 
Les 60 % restants franchiraient physiquement Ormuz grâce à un système de navettes.
 
Le brut est chargé dans le Golfe, puis un VLCC, ou plutôt un train de VLCC sous escorte, traverse le détroit et transborde sa cargaison au large de Fujairah ou de Sohar. Un long-courrier prend ensuite le relais vers l’Asie. Kpler compte au moins 63 VLCC dans ce trafic, dont un noyau de 35 qui font l’aller-retour tous les 16 jours environ.
 
Des trains de très gros navires passent tous feux éteints, transpondeurs coupés, à l’estime (en anglais on dit « dead reckoning »), puis déchargent dans d’autres bateaux. L’autorité maritime britannique demande d’ailleurs désormais aux équipages de s’entraîner au relèvement radar et à la navigation à l’estime, parce que le positionnement satellite n’est plus fiable dans le Golfe.
 
Je maintiens mes réserves, pour trois raisons :
  • On ne peut plus vérifier grand-chose. Sur les 642 transits enregistrés en août dans le détroit, Windward en attribue 393, soit 61 %, à de faux transits créés par le brouillage GPS.
     

  • Kpler reconnaît lui-même que 3,4 millions de barils par jour ont quitté la région sans pays d’origine confirmé. Il s’agit surtout de brut transbordé dans le golfe d’Oman sans image satellite des navettes.
     

  • Le nombre de navires ne colle pas. Selon l’UKMTO, les transits restent environ 70 % sous leur niveau d’avant-conflit. On parlait de centaines de navires ; on en est à quelques dizaines. Que des VLCC pleins à ras bord compensent une partie de l’écart, oui. Mais 35 VLCC qui font l’aller-retour 2 fois par mois, cela fait… 2 par jour en moyenne. 
Affirmer que les volumes passent, à quelques jours d’une élection, c’est rendre service à Trump. Le Wall Street Journal est la propriété de NewsCorp, le groupe de médias très conservateur de Rupert Murdoch.
 
La grande déclaration du Wall Street Journal selon laquelle les volumes ont dépassé l’avant-guerre porte uniquement sur une semaine.
 
Je vous l’ai dit, le pétrole passe désormais par trains de supertankers qui font passer de gros volumes de manière irrégulière. Une bonne semaine d’exportations ne fait pas un flux quotidien de long terme… Ce n’est, au fond, pas plus compliqué que cela.
 
115 dollars ce matin : Le prix ne ment pas 
Le Brent oscille entre 114 et 115$ ce matin, son plus haut depuis le 29 avril après la flambée au-dessus de 116$ vendredi.
 
Pourquoi le prix ne baisse-t-il pas si les barils passent ? Parce que le passage coûte une fortune.
 
La prime liée au transport par Ormuz s’élève à environ 35 dollars par baril selon une analyse de Goldman Sachs, pour un transport qui en coûte normalement autour de 3 !
 
Il faut additionner le temps de chargement puis de transbordement de cargaisons équivalentes à des milliers de piscines olympiques, des assurances hors de prix, les escortes, les primes de risque des équipages et le carburant des navettes. Du pétrole qui passe à 110 dollars, ce n’est pas un détroit rouvert : c’est un détroit forcé à un coût considérable.
 
Surtout, les stocks ne se reconstituent pas. Fin septembre, les stocks mondiaux observés étaient inférieurs de 509 millions de barils à leur niveau de fin février, et les stocks à terre étaient au plus bas depuis au moins 2016. Sur le seul mois de septembre, les stocks à terre ont perdu 113 millions de barils, pendant que le pétrole en mer en gagnait 103.
 
Le pétrole qui sort du Golfe se trouve en mer, dans les navettes, les transbordements et les longs détours. Il n’arrive pas dans les cuves. Aux États-Unis, les stocks commerciaux de brut ont baissé pour la troisième semaine consécutive, à 412,5 millions de barils.
 
Quant aux routes de contournement, elles sont devenues des cibles. L’oléoduc est-ouest a été frappé le 10 septembre, ce qui a stoppé les chargements à Yanbu. Samedi, les Houthis ont revendiqué des frappes contre des « stations de pompage de brut et l’oléoduc est-ouest ». Mercredi, un drone a visé le champ de Shaybah et Aramco a fait évacuer son siège de Dhahran.
 
La route de secours saoudienne n’est pas un abri, c’est un deuxième front. C’est important pour la suite.
 
Le lendemain de l’élection… 
Il est quasiment certain que les Démocrates américains retrouveront leur majorité à la Chambre des représentants la semaine prochaine… Il y a un peu plus d’incertitude pour le Sénat mais ils ont un avantage clair.
 
Avec seulement la Chambre, les Démocrates pourraient gêner la politique guerrière de Trump. Avec le Congrès tout entier (Sénat + Chambre), les Démocrates pourraient annuler des crédits voire forcer un règlement du conflit.
 
En cas de victoire, très probable, des Démocrates, les nouveaux élus ne prendront leurs sièges qu’au mois de janvier.
 
Cela signifie qu’il resterait 2 mois à Donald Trump pour mener et si possible finir sa guerre avant d’être entravé.
 
Je pense que c’est ainsi qu’il faut entendre les préparatifs de guerre qui ont redoublé dans la région :
 
  • Le porte-avions George Washington et son escorte ont été réarmés, le Theodore Roosevelt a été envoyé dans la région avec 10 000 hommes supplémentaires, les bâtiments sont en train d’être repositionnés…
     

  • L’armée a fait fuiter l’utilisation possible de bombes GBU, les bombes conventionnelles les plus puissantes de leur arsenal, que ce soit pour percer des bunkers profondément enterrés ou détruire des installations énergétiques en surface.
     

  • Trump lui-même a annoncé vendredi un « accord ou l’annihilation » en menaçant l’Iran d’un petit « Epic Fury » du nom de l’opération lancée en mars dernier. 
En cas de victoire probable des Démocrates, Trump et ses sponsors auraient intérêt à effacer la nouvelle de sa défaite par de nouvelles opérations, elles-mêmes risquant d’être interdites deux mois plus tard lors du renouvellement du Congrès.
 
C’est à mon avis le risque le plus important sur la région.
 
Le temps presse, les adversaires n’arrivent pas à se départager, m’est avis que nous aurons malheureusement droit à une dernière confrontation par les armes d’ici la fin de l’année.
 
Cette perspective de reprise des hostilités à grande échelle me fait craindre de nouvelles destructions de capacités de raffinage qui sont désormais le maillon le plus faible de la chaîne énergétique. Vous le savez, la Russie et le Golfe sont les deux régions qui concentraient avant la guerre 40% des exportations de DIESEL. Un tiers de leurs capacités de raffinage ont déjà été détruites : c’est massif.
 
C’est pour cela que j’organise une seconde soirée sur l’opportunité du DIESEL, EN DIRECT jeudi prochain 29 octobre à partir de 20H.

 
Les 500 places de la première soirée la semaine dernière sont parties vite, aussi

réservez la vôtre sans attendre si le sujet vous intéresse. EN CLIQUANT ICI.

 
Vignette soiree
 
À votre bonne fortune et à jeudi, 20H
 
Guy de La Fortelle
 


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