Un million et cette espèce n’est pas menacée…

07 05 2019
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Mon cher lecteur,
 
« Un million d’espèces menacées de disparition. Il n’est pas trop tard pour agir »
 
C’est la Une du Monde d’hier.
 
Aujourd’hui, comme par hasard, Monsieur Macron égrène un chapelet de mesures, comme autant de saintes dévotions, et surtout comme s’il avait découvert tout ça pendant la nuit… Prenez-nous bien pour des poires toutes tremblantes, la queue encirée d’angoisse, soufflant enfin :
 
Ouf, il n’est pas encore trop tard, à une semaine près c’était foutu…
 
Et puis sait-on jamais, foutu pour foutu, on aurait pu tout envoyer valser, se lancer dans une grande orgie de fin du monde, une fête de tous les diables, une apocalypse, l’Apocalypse, la vraie la grande, le Jour Dernier.
 
Que nenni mon bon prince, nous avons-là Malthus et Calvin réunis dans la même haine, brandissant le glaive de Damoclès sur nos pauvres échines déjà courbées jusqu’à terre.
 
Enfin leur glaive, c’est plutôt l’épouvantail aux moineaux… Leur écologisme c’est l’indépendantisme corse et les frites McCain : ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Ils n’arrêtent pas de remettre à demain leur fin du monde dans un grand millénarisme de pacotille. Ils agitent le chiffon rouge de la planète plus si bleue : ils en deviennent violet comme des évêques, l’écologie est le nouvel opium du peuple.
 
Trêve de plaisanterie, ils vous disent :
 
« Il y a 30 ans le monde aurait pu sauver le climat. »
 
« L’humanité est face à ses responsabilités. »
 
Mais qui donc est le monde ? Qui donc est l’humanité ?
 
Quelle est cette abstraction qu’ils manient avec tant de désinvolture, indifféremment le monde ou l’humanité ?
 
Le monde ? Quelle adresse ? Quel téléphone ? Il y a un compte Twitter, une page Facebook ? Est-ce qu’il a un droit de réponse le pauvre monde ainsi accusé ? Mais alors quelle est sa voix ?
 
Le monde c’est tout le monde, c’est surtout personne, c’est l’abdication de l’intelligence. Accusez l’ONU, l’UE, la France, des multinationales, l’OCDE qu’on rigole un peu, qu’on ait un peu de répondant, que quelqu’un se défende.
 
Il se trouve que le monde tout entier c’est vous.
 
Quand le journal vous crie à coups de gros caractères gras qu’il n’est pas trop tard, c’est à vous que cela s’adresse : réveillez-vous voyons !
 
Ils vous ont sorti le grand jeu, l’entretien avec ce chercheur du CNRS en écologie qui vous met les points sur les « i » :
 
« Chacun d’entre nous a deux cartes dans sa manche : la carte d’électeur et la carte de crédit »
 
Au moins, monsieur le chercheur, peu habitué à l’arène publique, prend-il le risque d’être direct et honnête : mon cher lecteur, attention quand vous choisissez vos yaourts, la survie des ours polaires est en jeu.
 
Les fringants journalistes du Monde ont fait l’erreur de prendre cette citation comme titre de leur article… Ce fut vite corrigé.
 
20 ans à observer des carottes glaciaires au microscope et il veut vous dire comment vous devez acheter vos petits pois et pour qui vous devez voter.
 
Il y a quelques mois, le PDG de Danone, Emmanuel Faber, accordait lui aussi un entretien au Monde, beaucoup moins médiatisé celui-là, très vite relégué dans les tréfonds du site. Cachez cette vérité que je ne saurais voir.
 
Car la vérité la voici, telle que l’énonce simplement Monsieur Faber (les gras et soulignés sont de moi) :

Nous attendons chacun une alimentation qui soit saine, durable et socialement responsable, mais les prix de nos grandes marques ont baissé de 15 % sur cinq ans. Les marges de l’agroalimentaire en France n’ont jamais été aussi basses depuis le milieu des années 1970.

Nous ne sommes pas capables aujourd’hui de faire vivre la prochaine génération d’agriculteurs, compte tenu, dans certaines filières, des prix qui sont imposés par cette concurrence sauvage.

Veut-on que, demain, il y ait encore des fermes, que les produits viennent de France et que les salaires soient décents dans la chaîne d’approvisionnement ? C’est un choix de société.

Je vous rappelle que c’est le PDG de Danone qui parle, dont les marques sont déjà inaccessibles pour bon nombre de familles qui n’ont pas même les moyens de se payer leurs produits.
 
Mon cher lecteur, le modeste particulier que je suis a du mal à comprendre comment « l’humanité fait face à ses responsabilités ».
 
En revanche, quand Monsieur Faber vous dit que ses prix ont baissé de 15 %, je vois bien pourquoi. Je vois bien que la France s’appauvrit, nous n’avons plus les moyens de remplir décemment nos paniers de courses, nous n’avons plus les modes de vie qui permettent d’entretenir un petit potager, élever quelques poules ou seulement prendre le temps de cuisiner des produits frais de saison.
 
Les écrans qui envahissent nos vies promettaient de nous donner accès à tous les savoirs du monde. Et c’est vrai, si vous voulez commencer votre potager vous trouverez tout le savoir dont vous avez besoin en ligne, facilement accessible, merveilleusement bien expliqué, vous trouverez même des gens qui vous y aideront, vous enverront des graines et des encouragements mais pour une obscure raison, la plupart d’entre nous préférons nous vautrer dans la consommation addictive de divertissements compulsifs, enfermés dans un mode de vie qui nous consume.
 
Et à chaque fois que l’État ajoute une nouvelle norme, une nouvelle règle, un nouvel objectif, il contribue à nous enfermer dans notre névrose.
 
Dans quelques semaines se tiennent les élections européennes. Quel que soit leur résultat, à la suite de ces élections, l’UE reprendra les négociations pour son grand traité de libre-échange avec les États-Unis, le TTIP. Ce traité est vital pour la très exportatrice Allemagne et morbide pour l’agriculture française qui se verrait encore plus exposée à une concurrence insoutenable.
 
J’ai vécu aux États-Unis et je peux vous dire, comme l’aurait vociféré Jean-Pierre Coffe, ce qu’on consomme là-bas, ce qu’on bouffe c’est de la m****.
 
Et ça, aucune de vos deux cartes n’y peut rien, surtout quand vous gagnez moins de 1 500 € par mois.
 
Mais l’humanité est face à ses responsabilités vous disent ces gens. Alors quoi ? On va envoyer le Charles de Gaulle en face de Washington pour les forcer à arrêter l’exploitation du pétrole de schiste, les OGM, le boeuf aux hormones et les emballages plastiques ?
 
J’en ai ma claque que ces gens qui ne s’arrêtent jamais de renverser la table et vous recrachent à la gueule à grand coup de projections ce que leurs idéologies ont produit de pire.
 
Faites suivre.
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle
 
 
Sources :
 
 
 

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