Ils ne savent plus si la France va bien ou mal

25 03 2019
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Mon cher lecteur,
 
Il est à la mode ces jours-ci de se féliciter tant bien que mal de la bonne résistance de l’économie française.
 
L’exercice est périlleux ; il a trouvé son champion. Selon le chroniqueur des Échos, Jean-Francis Pécresse :
 
« Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la France se porte mieux qu’elle ne le pense ».
 
Enfin une bonne nouvelle, se dit le badaud badin, esbaudit de cet habile billet dont les brillantes billevesées se font rares même dans la plus béate des presses.
 
Il fallait oser, au moment où l’on interdit les centres villes et mobilise l’armée. Mais le bougre a l’indécence prudente, il ne dit pas que la France va mieux. Il dit qu’elle ne va pas si mal qu’on croit. sophiste !
 
À quoi voit-il cela, cet égaré du XXe siècle encore intoxiqué à l’opium avarié des marchands de bonheur en barres standardisées, télévisées, mondialisées ?
 
« C’est un bilan de santé satisfaisant que vient de publier l’Insee. Grâce à un pouvoir d’achat encore en forte hausse, les ménages consomment, les entreprises investissent et créent des emplois… »
 
Ah ce pouvoir d’achat ! Sarkozy et Hollande l’ont cherché avant Macron : le pouvoir d’achat c’est de la consommation. La consommation c’est de la croissance. Et la croissance c’est la fin de tous nos problèmes. Connaissant la réserve pudique du bon docteur Pécresse, j’ai été vérifié la glorieuse nouvelle.
 
D’après la dernière note de conjoncture de l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages augmenterait de 0,7% au premier trimestre. Oublions que l’INSEE oublie soigneusement de prendre en compte inflation et variation démographique [1] :
 
Cela fait 3€ en plus à la fin du mois et par personne !
 
Mes enfants n’en ont pas autant ! Cela en compenserait presque le manque à gagner d’une épargne de 1 500€ placée à la banque — 1 500€, c’est l’épargne moyenne des 20% les plus modestes.
 
Que monsieur Pécresse n’a-t-il été au bout de son élan et précisé un pouvoir d’achat en très forte hausse de 3€ par mois ET par personne !
 
Que Monsieur Macron, plutôt que d’envoyer l’armée, n’a-t-il généreusement distribué lui-même quelques unes de ces pièces ? il serait descendu de son carrosse tel le roi en ses bontés au milieu de son peuple reconnaissant.
 
Tous les habillés de jaune en auraient enlevé leur gilet et remis leur culotte. Jusqu’au dernier, ils se seraient trouvés satisfaits et retournés victorieux dans leurs pénates le rire aux lèvres et les pièces — 3€ ! — à la main.
 
Vraiment Monsieur Pécresse, votre réserve est malheureuse. « La paix pour 3€ », cela aurait fait un beau titre pour votre journal.
 
Que n’avez-vous enfin loué la seule et unique source de cette surabondance bienfaitrice : notre bon président Macron et ses prodigalités budgétaires ! Car ce n’est certes pas une reprise économique introuvable et introuvée qui est à l’origine de ce salut. Il faut nommer le bienfaiteur, l’unique, celui qui a puisé à son budg…
 
Aïe.
 
Voilà que le bât blesse.
 
Ces 3€ de pouvoir d’achat, sont sortis du chapeau, c’est de la dette. Ce ne sont pas des lendemains qui chantent mais un ciel qui s’obscurcit.
 
Et vous-même prônez la plus grande rigueur budgétaire. N’est-ce pas vous monsieur Pécresse qui vous alarmiez le mois dernier de cette dérive bien française ?
 
C’est la trajectoire de nos finances publiques qui ne va pas. À la différence de presque tous nos partenaires européens nous n’assainissons pas nos comptes. Nos déficits structurels ne baissent pas, notre dette ne baisse pas. Au fond ce qui se passe c’est une forme de Frexit budgétaire. C’est grave pour la France mais aussi pour l’Europe.
 
Un Frexit budgétaire dites-vous ? Cela a l’air très sérieux en effet.
 
J’ai tant voulu me réjouir avec vous Monsieur Pécresse… Mais grave est votre inconstance. Les maux qui vous agitent en février sont vos bienfaits de mars.
 
Si je vous avais écouté, j’aurais vendu mes actions le mois dernier et les aurais rachetées cette semaine. Heureusement, que personne ne vous prend suffisamment au sérieux pour agir aussi follement.
 
Ce dont manque le plus ce pays, ce n’est pas de la croissance, c’est de l’honnêteté et un soupçon de rigueur, non pas budgétaire mais intellectuelle.
 
Ces 3€ distribués si généreusement, ce sont 3€ qui manquent à tous ceux qui ont, ne serait-ce que 1 500€ à la banque, et ne reçoivent plus aucun rendement pour leur bien lentement constitué. Ces 3€ ne sont même pas pris dans la poche des uns pour les donner aux autres, ils sont pris dans la poche même de ceux à qui vous les redonnez.
 
 
À votre bonne fortune,
 
Guy de La Fortelle
 
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Note et sources :
 
[1] La note de l’INSEE table sur 0,7% de hausse du Revenu Disponible Brut (RDB) et autant de pouvoir d’achat au 1er trimestre. C’est à vrai dire fallacieux. Pour passer du RDB au pouvoir d’achat, il faut retrancher l’inflation et corriger la démographie (ce que l’INSEE appelle les unités de consommation). Comme l’INSEE les calcule par ailleurs, on peut estimer que cette hausse de pouvoir d’achat est plutôt de 0,15%, soit 50 centimes. Mais c’est trop pour Monsieur Pécresse qui ne peut imaginer que l’INSEE utilise de si grossiers subterfuges.
 
La note de  conjoncture de l’Insee : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3898015?sommaire=3898067
 
« L’opinion » de Monsieur Pécresse : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0600929672720-la-france-de-macron-va-mieux-quelle-ne-le-pense-2253664.php
 
Et celle du mois d’avant : https://www.deezer.com/en/episode/34962982?lb=%2Flightbox%2Fgoogleplus%2Flink

 

 
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