Le seul géant français du Web

12 04 2019
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Mon cher lecteur,
 
J’ai une devinette pour vous :
 
Quel est le site Internet français qui a le plus de visites dans le monde ?
 
Je vous donne un indice, il s’agit du 9e site le plus visité au monde . [1]
 
C’est à peine croyable : un site français s’est fait sa place au milieu des Google, Facebook, Amazon, Twitter, Youtube, Wikipedia… Il totalise 3 milliards (!!) de visites par an, plus que Wikipedia ou Amazon et encore, les internautes restent 4 fois plus longtemps dessus.
 
Et je n’en ai pas encore fini, la société derrière ce site classé 9e mondial possède également le 12e du classement. Ensemble, ils cumulent 5,5 milliards de visites par an.
 
En revanche, il n’y a AUCUN autre acteur européen dans la liste des 50 plus gros sites mondiaux.
 
Le classement est bien évidemment dominé par les Américains de manière écrasante mais il y a également bon nombre de sites chinois, 3 sites russes quelques Canadiens. Le vieux continent brille par son absence.
 
Mais ne regardons pas le verre à moitié vide, quelle est donc cette société qui détient les 2 sites français qui percent le plafond de verre de l’hégémonie américaine ?
 
À vrai dire, je serais plutôt rassuré si vous n’aviez pas la réponse à ma devinette.
 
Le seul géant du Web européen de stature mondiale opère dans l’industrie du divertissement pour adulte, les sites pornographiques.
 
Les chiffres sont délirants et il est difficile de s’imaginer une telle lubricité digitale.
 
Vous comprendrez que la décence m’empêche de faire plus de publicité que je n’en fais déjà pour ces sites que je ne nommerai pas. Pour être tout à fait précis, la société est de droit polonais mais les sites sont gérés depuis Paris et semblent appartenir à un couple de Français qui devrait son succès à sa longévité : ils ont commencé dès 1997.
 
À titre personnel, je pense qu’il s’agit là d’un fléau digne de la cigarette dont on saisit à peine l’ampleur et les retombées mais c’est aussi une industrie qui était jusqu’à récemment très instructive pour l’observateur non pas lubrique mais curieux :
 
Le divertissement pour adulte était l’une des très rares industries dont personne ne s’occupait : pas plus les États que les banques, les investisseurs ou les publicitaires…
 
Les Bill Gates, Bezos, Goldman, JP Morgan et autres qui placent des sommes colossales dans la moindre bafouille digitale étaient absents de ce secteur non recommandable.
 
À part les Britanniques, qui d’ailleurs échouent, personne ne s’occupe encore de réglementer cette industrie qui peut faire ses ravages avec semble-t-il une qualité de service et un professionnalisme à toute épreuve : la véritable concurrence, cela oblige (1er enseignement).
 
Cette absence d’intérêt des « grands » de ce monde n’avait pas empêché cette industrie d’atteindre une stature mondiale (2e enseignement).
 
Et tandis que l’Europe se débat impuissante face aux géants américains du Web, le seul endroit où le législateur et le banquier étaient absents, et seulement-là, l’Europe brille (3e enseignement).
 
Mais nos ambitieux Français ont sans doute du souci à se faire : même ce bastion est tombé, il y a quelques années, des Canadiens ont réussi à lever 300 millions de dollars (merci les banques centrales) auprès d’anciens banquiers de Morgan Stanley, Goldman Sachs et Deutsche Bank, les gros affreux habituels, pour racheter et agglomérer les sites les uns après les autres et former le premier groupe mondial de divertissement pour adulte, devant notre triste champion français.
 
Signe du changement des temps la grande place New-Yorkaise Times Square a accueilli un panneau publicitaire géant de ces gens-là. « Vous n’avez besoin que de votre main », en référence à la célèbre chanson des Beatles «  All you need is love », bravo, c’est élégant :
 
times square pub adulte
 
Si vous ne voyez pas encore leurs publicités à la télé, ils ont des méthodes plus insidieuses et achètent des placements produit dans des films grand public avec des stars comme Scarlett Johansson et Julianne Moore.
 
Ce secteur comme bien d’autres se passait déjà très bien de l’argent de nos banquiers et de la publicité de nos médias…
 
J’imagine à peine la décadence quand nous en viendrons, tôt ou tard, à légiférer sur ce fléau de santé publique face à un géant ultra-profitable, bien organisé employant des armées de lobbyistes puissants et efficaces.
 
Comme d’habitude, un grand merci pour l’aide dégoulinante de bonne intention et d’étouffante attention du banquier de Francfort et du législateur de Bruxelles, nous nous en serions bien passés.
 
 
À bon entendeur,
 
Guy de La Fortelle
 
 
Sources :
[1] https://www.similarweb.com/top-websites
 
 
 

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